Pétrole : l’OPEP assomme le marché

La décision de l’organisation de maintenir inchangé son objectif de production met en exergue les tensions avec les Etats-Unis.

Jocelyn Jovène 28.11.2014
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L’annonce par l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole de maintenir son objectif de production de 30 millions de barils/jour (établi en 2011), destinée à « restaurer l’équilibre de marché », a amplifié jeudi le mouvement de baisse du cours du pétrole. Le marché s’attendait plutôt à ce que l’organisation – qui représente 40% de l’offre mondiale de pétrole (91 millions de barils/jour en 2013) – ne décide de revoir son objectif de production alors que le cours du baril est en chute libre depuis le mois de juin dernier.

Pour de nombreux observateurs, cette décision illustre la volonté de l’OPEP de laisser les prix du pétrole poursuivre leur reculade, afin d’inciter les producteurs « hors-OPEP », en particulier aux Etats-Unis, à réduire leur offre de brut.

« Si nous pensons qu’un prix du WTI autour de 70-75 dollars le baril est suffisant pour inciter les producteurs américains à réduire leurs investissements, la chute des prix crée un potentiel pour de nouvelles baisses des cours », notent les experts de Goldman Sachs dans une note datée du 27 novembre.

« Cette décision plaide sans équivoque pour une baisse des cours », note Michael Wittner chez Société Générale. « L’Arabie Saoudite et l’OPEP ne joueront plus le rôle de balancier du marché du côté de l’offre. Ils ont abandonné ce rôle. Au contraire, le marché lui-même – les prix, en d’autres termes – sera le mécanisme de rééquilibrage du marché », ajoute-t-il.

La stabilisation du marché ne peut se faire qu’avec une baisse des cours. Mais dans quelle proportion. Selon Oddo Securities, un cours du Brent à 80 dollars le baril ampute déjà 2,7% de la production mondiale, qui n’est plus profitable.

Or les producteurs américains, dont l’offre a fortement crû avec le développement des gaz et huiles de schiste, ont des coûts de production qui s’étaleraient entre 43 et 85 dollars le baril en fonction des champs.

Le courtier s’attend à ce que la baisse de 10% des investissements attendu pour 2015 s’accentue. « Compte tenu du déclin naturel des champs, on risque à plus long terme d’avoir une offre qui est insuffisante par rapport à la demande et donc une hausse des cours du brut vers un niveau qui permet de poursuivre les investissements », note-t-il. Un tel cours se situerait sur le long terme vers 80-90 dollars le baril.

 

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A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est analyste financier senior et rédacteur en chef de Morningstar France.