Marchés émergents : combien de divisions ?

Jocelyn Jovène 17.02.2014
Facebook Twitter LinkedIn

En l’espace de quelques décennies, les pays émergents ont pris une importance significative dans les rouages de l’économie mondiale – un développement qui s’est amplifié en particulier avec l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce en 2001.

Définition

L'expression "marchés émergents" aurait été employée pour la première fois en 1981 par Antoine W. Van Agtmael, co-responsable des marchés de capitaux au sein de l'International Finance Corporation (IFC). Pour l'université de Wharton, une économie émergente n'est pas uniquement définie par son rythme de croissance économique, mais également par la solidité de ses institutions économiques et politiques.

L'expression a rapidement éclipsé les "pays en voie de développement" ou "pays du Tiers monde", qui renvoyait plutôt aux pays qui faisaient l'objet d'aides de programmes de la Banque mondiale ou du FMI (avec des résultats souvent peu probants - ces programmes ont été également imposés à la Grèce, au Portugal, ou à l'Espagne et à l'Italie lors de la crise de la dette souveraine en zone euro entre 2010 et 2011).

Industrialisation rapide

Au cours de la décennie écoulée, le développement du commerce mondial et l’industrialisation rapide de nombreux de ces pays ont permis l’émergence d’une classe moyenne, dont les revenus annuels se situent selon les pays entre 4.000 et 12.500 dollars par an et par habitant.

Selon certaines estimations, les pays émergents et en développement représentent environ 40% du PIB mondial contre 18% en 1994.

 

 

Une croissance structurellement porteuse

Derrière cette croissance rapide, il y a eu l’effet de l’urbanisation, de la volonté de préserver des finances publiques saines (suite à la crise de 1997), de la croissance de la population active et de l’augmentation des revenus moyens.

Plusieurs pays d'Amérique Latine (Venezuela, Mexique, Colombie), d'Asie (Philippines, Indonésie, Malaisie, Inde), ou d'Afrique (Afrique du Sud) bénéficient d'un dynamisme démographique qui leur sera très favorable au cours des prochains décennies.

D'autres, comme la Chine, sont eux confrontés à un vieillissement rapide de leur population.

En 2030, la Brookings Institution estime que les deux tiers de la classe moyenne mondiale résideront en Asie-Pacifique – avec 3,2 milliards de personnes (dont 1 milliard en Chine) – contre 28% en 2009.

Des défis à court terme

La crise financière de 2008-2009 et les difficultés de la zone euro en 2010-2011 ont toutefois laissé des traces dans les pays émergents.

Les politiques monétaires très accommodantes des banques centrales ont fait chuter les rendements de nombreux placements, notamment des bons du Trésor, ce qui a eu tendance à pousser les investisseurs vers des classes d'actifs de plus en plus risqués (crédit, high yield, dette émergente).

Pendant quelques temps, les pays émergents ont bénéficié d'afflux de capitaux, ce qui a été un soutien pour l'activité mais a aussi conduit à une détérioration des balances des paiements.

Fragilités multiples

Parmi ces pays, au coeur des turbulences ces derniers temps, on trouve des pays comme la Turquie, l'Ukraine, l'Afrique du Sud, le Chili, l'Inde, l'Indonésie, le Brésil, dont les fragilités sont apparues au grand jour en mai dernier (mais elles étaient plus anciennes). Certains pays ont entamé des démarches correctives, mais d'autres tardent à le faire. 

A cela s'ajoute la dépendance de nombreux pays à la Chine, dont le rythme de croissance est appelé à ralentir. Si un accident survenait en Chine, il aurait à n'en pas douter des conséquences pour tous ses partenaires commerciaux, voire potentiellement aussi pour les pays développés.

Pour aller plus loin

 

Facebook Twitter LinkedIn

A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est analyste financier senior et rédacteur en chef de Morningstar France.