La COP26 trop loin du compte

Parler de bilan en demi-teinte est une façon de se voiler la face sur le fait que les avancées ne se font qu’à trop petits pas.

Jocelyn Jovène 15.11.2021
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La 26ème conférence des Nations Unies à Glasgow (COP26) n’a pas tenu ses promesses.

Certaines avancées ont été conclues, mais elles sont bien en-deçà des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui doivent limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré Celsius, objectif fixé en 2015 par la COP21 à Paris.

Dans le communiqué final, la COP26 affirme que l’objectif de « 1,5 degré est en vue, mais ne sera atteint que grâce à un effort global concerté et immédiat. »

Derrière ce langage diplomatique se cachent en fait d’importantes dissensions entre pays qui préservent leurs propres intérêts ou protègent leur manque d’ambition.

D’un côté, des règles d’application de l’accord de Paris, en suspens depuis 6 ans, ont été actées, notamment sur l’article 6 qui définit un mécanisme de compensation carbone entre pays émetteurs en fonction de leurs plans de lutte contre le réchauffement climatique (« Nationally Determined Contributions » ou NDC).

D’un autre côté, la COP26 a été incapable de conclure à la fin de certaines énergies fossiles, notamment le charbon, après l’intervention de dernière minute de pays qui n’y sont pas favorables, comme l’Inde ou la Chine. Ces derniers ont réussi à faire remplacer le terme « phase out » (sortie) par « phase down » (réduction) du communiqué final.

De même, la conférence n’a pas réellement permis de trouver un accord entre pays « riches » qui sont les principaux pollueurs et pays pauvres, qui subissent dès à présent les conséquences du réchauffement climatique.

La question du financement de l’aide à la transition, estimé à 100 milliards de dollars par an en 2020, qui était l’un des objectifs de la COP26, n’a pas non plus été atteint, même si engagement a été pris d’atteindre ce niveau d’ici 2025.

Au final, les engagements pris sont encore loin de l’objectif de 1,5 degré, comme le montre cette étude du Climate Action Tracker (graphiques).

Impact des politiques, objectifs 2030 et engagements sur le réchauffement

CAT-01

Source: CAT, Novembre 2021

Sur la base des engagements pris, le réchauffement climatique serait de 2,7 degrés d’ici 2100. Les engagements pris à horizon 2030 devraient limiter le réchauffement climatique à 2,4 degrés et depuis les déclarations du président américain Joe Biden, cet objectif aurait été réduit à 2,1 degré.

Trajectoire de réchauffement climatique

CAT-02

Source: CAT, Novembre 2021

Les conclusions du CAT sont sans appel : « il n’y a pas eu de dynamique suffisante de la part des dirigeants et des gouvernements d’accroître leurs objectifs à l’horizon 2030. » L’amélioration des contributions individuelles des Etats (NDC) ont réduit les émissions en 2030 de 15-17%.

De même, si 90% des émissions dans le monde sont couvertes par des objectifs de neutralité carbone (« Net Zero »), leur mise en œuvre ne permettrait que de réduire le réchauffement climatique à 1,8 degré en 2100, et cela dans un scénario optimiste et « si » tous les engagements pris sont réalisés.

Les plans d’actions pour 2030 sont en fait bien loin des objectifs de neutralité carbone. Une autre façon de dire qu’Etats et gouvernements ne font que repousser le problème et ne prennen pas l’enjeu du changement climatique à bras le corps.

 

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A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est le rédacteur en chef de Morningstar France.