« France 2030 » : un plan qui manque d’ambition

L’industrie des semi-conducteurs illustre bien l’ampleur des retards du pays et de l’Europe face à l’Asie.

Jocelyn Jovène 14.10.2021
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Le plan France 2030 est une bonne idée, mais est-il suffisant ? Sur les 30 milliards d’euros annoncés par le Président de la République française, mardi dernier, 6 milliards sont flêchés vers l’industrie des semi-conducteurs.

Pour avoir souligné par le passé le peu de cas qui était fait de cette industrie pourtant stratégique à l’échelle de l’Europe, l’engagment de l’Etat en France, où existe déjà un important cluster technologique et de recherche autour de ces technologies, est une bonne chose.

Mais parier sur la construction d’usines est-il suffisant ? Cela permettra-t-il vraiment de combler le retard sur l’Asie ?

Car celui-ci est déjà significatif, voire inquiétant.

Selon un rapport d’IC Insights (graphique), les technologies de fabrication de semi-conducteurs les plus avancées (moins de 10 nanomètres) sont aujourd’hui trustées par deux pays : la Corée du Sud (où réside Samsung Electronics, « Narrow Moat », 3 étoiles Morningstar) et Taiwan (TSMC, « Wide Moat », 4 étoiles Morningstar).

Répartition mondiale des capacités de production de semi-conducteurs par technologie

Wafer capacity

Les Etats-Unis, siège de nombreux équipementiers et fabricants de semi-conducteurs, dont Intel (« Wide Moat », 4 étoiles), ne sont même pas représentés.

A la différence de l’Europe, les américains semblent avoir réellement pris conscience de leur retard et investissent massivement pour le combler. Intel espère ainsi retrouver le leadership technologique d’ici 2025 et a communiqué il y a quelques mois sur sa feuille de route dans ce domaine.

Reste l’Europe, et la France, qui se focalisent donc sur un plan visant notamment à accroître les capacités de production.

En soi, construire de nouvelles usines de semi-conducteurs n’est pas une mauvaise chose, car une « fab » attire tout un écosystème autour d’elle, qu’il s’agisse d’équipementiers, de prestataires de services, de centres de recherche universitaire ou public (CEA en France).

Mais cela semble bien insuffisant. En amont des usines, il y a toute la maîtrise de la conception des puces et des machines qui permettent de les fabriquer. Les Etats-Unis n’ont pas tout perdu puisque de très nombreuses entreprises américaines sont des leaders dans ces domaines.

C’est le cas de NVIDIA (« Wide Moat », 2 étoiles Morningstar), dont les composants permettent d’équiper voitures autonomes et solutions d’intelligence artificielle. Apple (« Narrow Moat » , 2 étoiles Morningstar) a également réinternalisé la conception de puces pour ses smartphones et ordinateurs personnels, en s’appuyant certes sur le leadership technologique de TSMC, au détriment d’Intel.

Dans les équipements, l’Europe ne brille vraiment que grâce à ASML (« Wide Moat », 2 étoiles Morningstar), leader mondial de la photolithographie, qui est au cœur d’ailleurs de la percée des coréens et taiwanais sur les nœuds technologiques les plus avancés.

Or c’est bien dans ces domaines de la recherche avancée (dont à la fois publique et privée), de la conception de composants sur les technologies comme la 5G, l’intelligence artificielle ou la cybersécurité ou sur les équipements de pointe que l’Europe, et la France en particulier, devraient mettre l’accent.

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Valeurs citées dans l'article

NomValeurVariation (%)Notation Morningstar
Apple Inc144,84 USD0,00Rating
ASML Holding NV676,30 EUR0,00Rating
Intel Corp54,46 USD0,00Rating
NVIDIA Corp218,62 USD0,00Rating
Samsung Electronics Co Ltd70 100,00 KRW0,00Rating
STMicroelectronics NV36,54 EUR0,00Rating
Taiwan Semiconductor Manufacturing Co Ltd600,00 TWD0,00Rating

A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est le rédacteur en chef de Morningstar France.

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