Actions françaises et cohabitations: quelles leçons de l'histoire boursière ?

La probabilité élevée d’une victoire de la coalition de gauche ou du RN obligerait à une cohabitation inédite dans l'histoire française

Jocelyn Jovène 18.06.2024
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paris

Comment les actions françaises pourraient-elles réagir à une éventuelle cohabitation entre Emmanuel Macron, actuel Président de la république jusqu'en 2027, et un gouvernement issu d'un parti d'opposition à sa formation politique, qu'il s'agisse du Nouveau Front Populaire ou du Rassemblement National ?

Situation potentiellement inédite

La coexistence d'un chef de l'Etat issu d'un parti et d'un gouvernement issu d'un autre n'est pas nouvelle. Elle a déjà eu lieu à 3 reprises depuis 1980 en France.

Toutefois, dans l'éventualité de la victoire d'un parti d'extrême-droite ou d'une coalition de gauche incluant un bloc important de la France Insoumise, les investisseurs seront confrontés à une situation inédite, source inévitable de stress pour la Bourse de Paris voire les actions européennes.

L'annonce surprise d'une dissolution de l'Assemblée nationale au soir des résultats des élections européennes, le 9 juin dernier, a plongé les marchés financiers dans l'incertitude.

La Bourse de Paris accuse le coup, reflet de l’incertitude croissante sur les suites en matière de politique économique en cas de victoire du RN, qui entretient le flou sur son programme économique.

Les marchés financiers ont envoyé un avertissement clair sur le besoin de stabilité institutionnelle et politique.

L'écart de taux ("spread") entre le rendement à 10 ans de l'OAT et du Bund a atteint un plus haut de près de 80 points de base (0,80%) la semaine dernière. un niveau pas vu depuis septembre 2012, au moment vers la fin de la crise de la dette de la zone euro qui avait débuté deux ans plus tôt.

La chute récente des marchés a porté la décote moyenne de valorisation des titres suivis par Morningstar de 4% en mai à 13% actuellement, un niveau pas vu depuis novembre dernier.

Si l’histoire boursière est un guide, comment la Bourse de Paris a-t-elle vécue les précédentes phases de cohabitation ?

Dans les deux premiers cas, le Président de la république était socialiste (François Mitterrand) et son premier ministre issu de la droite (Jacques Chirac, puis Edouard Balladur). Dans le troisième, c’était l’inverse, avec un président de droite (Jacques Chirac) et un premier ministre socialiste (Lionel Jospin), et de surcroît suite à la dissolution décidée par le chef de l’Etat.

Première cohabitation : gauche-droite (1986-1988)

Lors des élections législatives du 16 mars 1986, la droite parlementaire (RPR et UDF) emmenée par Jacques Chirac remporte 44,84% des suffages, devant la liste socialiste (Laurent Fabius avec 31,02%). La formation d’extrême-droite, emmenée par Jean-Marie Le Pen, gagne 9,65% des voix et fait son entrée à l’Assemblée nationale pour le première fois, arrivant juste derrière le Parti communiste (9,87%).

Selon les données historiques du CAC 40 établies par David Le Bris, enseignant-chercheur à TBS Business School à Toulouse, le marché parisien a progressé de 1,5% entre mars 1986 et mai 1988.

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Source: David Le Gris, TBS Business School

Deuxième cohabitation : gauche-droite (1993-1995)

Durant cette deuxième phase de cohabitation, le marché parisien a effectué un parcours en dent de scie, atteignant un pic de 2355 points en février 1994, avant de rechuter sur fond de krach du marché obligataire déclenché par la décision d’Alan Greenspan de relever les taux directeurs face à une résurgence de l’inflation.

Troisième cohabitation : droite-gauche (1997-2002)

Cette troisième cohabitation est particulière à plusieurs titres. Tout d’abord, elle résulte, comme aujourd’hui, de la décision du Président de la république de dissoudre l’Assemblée nationale.

Cette période est marquée par une accélération de la croissance économique de la France (+1,4% en 1996 ; +3,9% en 2000). Elle a aussi comme toile de fond l’envolée des cours de Bourse.

L’indice CAC 40 atteint un record historique en septembre 2000, avant de subir l’implostion de la bulle « TMT » déclenchée outre Atlantique.

Vers une quatrième cohabitation inédite ? 

En prononçant la dissolution de l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron a visiblement manqué son but, pensant que sa formation politique se retrouverait seule face au Rassemblement national.

Le président et son entourage n’ont visiblement pas bien anticipé qu’une union de gauche pourrait se reformer.

Dans une note publiée mardi 18 juin, les stratégistes de Barclays observent: "dans l'état actuel des choses, les scénarios suivants sont les moins favorables au marché [par ordre d'importance, NDLR] : 1) majorité absolue au RN ; 2) majorité de gauche ; 3) coalition RN+Les Républicains ; 4) parlement suspendu au parti Renaissance de Macron ; et 5) statu quo, ce qui signifierait une forme de coalition centriste."

Mais que ce soit le RN ou le nouveau « Front populaire » qui soit amené à constituer un gouvernement à partir du mois de juillet (juste avant le début des Jeux olympiques), le flou sur leurs programmes, certaines mesures phares et leur capacité de gouverner risque d’entretenir la volatilité de la Bourse de Paris pendant encore quelques jours, voire quelques semaines.

Entre la veille des élections européennes et jeudi 13 juin, la chute de l’indice Morningstar France a été principalement menée par les valeurs bancaires, du luxe et de l'industrie, qui sont en majorités des valeurs cycliques.

 

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A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est analyste financier senior et rédacteur en chef de Morningstar France.