Exane prévoit la « grande finale » du cycle d’inflation

La perspective d’une « normalisation » des taux directeurs pourrait écarter le risque de tensions sur le marché de la dette souveraine et ouvrir la voie à une fin de cycle « rallongée ».

Jocelyn Jovène 22.11.2023
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Les stratégistes de BNP Paribas Exane (Exane) semblent s’inscrire dans une forme d’optimisme raisonné pour l’année 2024, comme nous avons pu le voir chez d’autres de leurs confrères aux Etats-Unis ou en Europe.

Pour Dennis Jose et son équipe, « nous entrons dans la grande finale de ce cycle d’inflation unique – au cours des prochains mois, l’inflation devrait se rapprocher du niveau cible des banques centrales. La prochaine phase sera pour celles-ci de le reconnaître et (…) de commencer à débattre du niveau adéquat des taux directeurs », selon une étude en date du 22 novembre.

L’optimisme du courtier, la question du refinancement d’un certain nombre d’acteurs économiques, en particulier des Etats très endettés, ne devrait pas être une source de difficulté. Du côté des ménages, la croissance des revenus réels est positive et les niveaux d’épargne encore élevé. Du côté des Etats, « la perspective d’un réajustement des taux devrait réduire le risque de refinancement et permettre aux investisseurs d’envisager une fin de cycle rallongée (les « soft landing » de 1984 et 1994 avaient duré plus de 6 ans) », rappelle-t-il.

Tout ceci pourrait se traduire par une baisse des taux courts et une performance positive des actions au cours du premier semestre 2024.

Sans exclure l’existence de risque autour du « pivot » des banques centrales, de nouvelles tensions géopolitique ou la réalité du « soft landing » (atterrissage en douceur) de l’économie mondiale, Exane pense qu’une période prolongé d’inflation modérée et proche des niveaux cible des banques centrales leur permettraient de « télégraphier » dès le premier semestre une baisse des taux au cours du second semestre, réduisant ainsi un risque de refinancement qui pourrait affecter également les entreprises.

« Pour les actions, l’optionalité d’un ajustement des taux directeurs pourrait mettre un terme au discours ‘la récession arrive’ et laisser espérer un allongement du cycle au-delà de 2024. Tout dépendra de la capacité de calmer (sic) l’inflation, et sur ce front, la situation est toujours encourageante. »

Le scénario d’inflation sera donc encore en 2024 un élément central du positionnement sur les actions pour de nombreux investisseurs.

Pour les stratégistes d’Exane, l’inflation a de grandes chances de continuer de ralentir. L’économie mondiale devrait éviter le risque d’un rebond massif des prix des hydrocarbures comme au cours des 1970, qui avait été avant tout le résultat d’un choc d’offre persistant.

Quelles conditions pour une récession ?

Tout en n’adoptant pas le risque de récession dans son scénario central, le courtier admet qu’une erreur d’anticipation est possible.

Il note toutefois que depuis deux ans, l’évolution de la courbe des taux d’intérêt (inversée), les indicateurs avancés d’activité ou les enquêtes de distribution de prêts ont appelé une récession qui ne s’est pas produite (rappelons que c’était ce qu’attendaient tous les courtiers ou presque fin 2022).

« Nous suspectons que les investisseurs ont besoin de voir des signes de rupture du marché de l’emploi pour envisager une récession », écrivent les stratégistes d’Exane. « Le nombre d’inscriptions hebdomadaires au chômage aux Etats-Unis devra passer des 231.000 aujourd’hui à plus de 320.000 pour qu’un tel scénario se déclenche », précisent-ils.

Le courtier estime néanmoins que les récentes remontées des inscriptions au chômage ne sont que passagères, et que la remontée du taux de chômage est un « faux départ » (comme en 2004 ou en 1984).

Vue optimiste pour les marchés

Sur l’ensemble de l’année, Exane estime qu’il y ait récession ou pas en 2024, « les marchés vont probablement terminer au même endroit à la fin de l’année. C’est le chemin vers la destination qui devriat être différent. »

Dans un scénario de récession, les marchés chuteraient au premier trimestre, puis un changement rapide de politique monétaire (« pivot ») produirait un rebond des indices boursiers au cours du reste de l’année.

Dans un scénario d’atterrissage en douceur, les actions pourraient progresser au cours du premier semestre, avec un pivot modéré.

« Le principal risque existentiel pour les marchés est si l’inflation ré-accélère, ce qui conduirait à un rebond des taux longs, de la prime de terme et une dévalorisation rapide des actions. »

Pour l’indice S&P 500, Exane table sur une contraction des multiples vers leur moyenne de long terme (-3%) et une croissance des bénéfices de 6%, ainsi qu’une diminution de 1% des titres en circulation, soit un potentiel de hausse de 5% à 4.800 points.

En Europe, le potentiel de hausse serait plus important. « Etant donné que l’Europe a le plus de risques sur sa croissance économique, nous adoptons de hypothèses plus prudentes. En faisant l’hypothèse d’une revalorisation avec la moitié de la décote de valorisation (+7%) et une croissance des résultats de 3% permettrait aux actions de progresser de 10%, soit un objectif pour l’indice Stoxx Europe 600 de 500. »

D’un point de vue plus sectoriel, Exane adopte une vue plus constructive sur les biens d’équipement (de « Neutre » à « Surpondérer ») que le courtier « finance » avec une réduction de la surpondération sur la santé, même si ce secteur reste un de ses préférés pour son côté défensif.

 

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A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est analyste financier senior et rédacteur en chef de Morningstar France.