La Fed en mode réactif

La Réserve fédérale américaine s’est placée dans une situation inconfortable en décidant de ne pas réduire ses achats d’actifs.

Jocelyn Jovène 19.09.2013
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La Fed recule pour mieux sauter. L’annonce de sa décision de ne pas réduire ses achats d’actifs, en raison d’une reprise économique moins solide qu’attendu aux Etats-Unis, a pris de court les marchés, tout en provoquant un net rebond des indices boursiers.

Mais cette décision marque aussi la volonté d’entamer une correction des mouvements obligataires depuis le mois de mai dernier, explique Philippe Uzan, directeur des gestions chez Edmond de Rothschild Asset Management.

Après avoir atteint un plus bas de 1,6-1,7% en mai dernier, le rendement à 10 ans des bons du Trésor américain avaient atteint un plus haut de 3%. La remontée rapide des taux longs, y compris sur les échéances à 30 ans, menaçait de casser la reprise du marché immobilier américain, en rendant les conditions de financement des foyers américains plus difficiles.

Le patron de la Fed se rattrapera-t-il avant la fin de l’année ? C’est ce que pensent les experts de CM-CIC Securities, lesquels envisagent une annonce fin octobre, peu après l’annonce du PIB du 3è trimestre et d’une éventuelle clarification des discussions sur le plafond de dette. En outre, même si aucune conférence de presse n’est organisée, Bernanke a indiqué que cela peut s’organiser facilement…

Pour les économistes de Goldman Sachs, la sortie progressive des achats d’actifs est décalée de 3 mois : elle devrait débuter en décembre (avec une baisse de 10 milliards de dollars) et se conclure en septembre 2014.

D’autres observateurs pensent que la situation se complique un peu plus pour la banque central américaine. Jim Reid, chez Deutsche Bank, note: « la mise en place du ‘tapering’ va être de plus en plus délicate, car chaque fois que le marché pensera que la Fed va réduire ses achats d’actifs, les rendements vont augmenter et les conditions vont se tendre. »

La nouvelle provoque un regain de volatilité sur les classes d’actifs les plus affectées par l’annonce du « tapering » : les devises et Bourses émergentes ont vivement rebondi. Et les gérants ajustent leurs anticipations quant à l’évolution future des taux américains.

La décision de la Fed a ainsi conduit Rick Rieder, gérant obligataire chez BlackRock à abaisser sa prévision de taux. « Cette évolution pourrait s’accentuer et les investisseurs pourraient devoir faire face à encore plus de volatilité, dans un contexte dans lequel sont attendues dans les prochaines semaines de nouvelles données économiques, ainsi que le débat sur le budget américain et le plafond d’endettement, et la nomination d’un nouveau Président de la Réserve Fédérale », prévient-t-il.

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A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est le rédacteur en chef de Morningstar France.