Les marchés montent sans que la Fed ne modifie son discours

Outre l’évolution positive ou négative des données sur la croissance ou l’emploi, l’action de la Fed risque d’être contrainte par des facteurs purement techniques.

Dave Sekera, CFA 16.07.2013
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Le spread moyen de l’indice Morningstar Corporate Bond Index a bondi de plus de 12 points jeudi dernier, à +143. Ce rallye reflète la réponse du marché aux déclarations de Ben Bernanke, patron de la Fed, évoquant une poursuite d’une politique monétaire très accommodante pour une période de temps prolongée.

Si le marché a fortement rebondi sur ces commentaires, nous ne pensons pas qu’il y ait eu une quelconque modification dans le discours de la Fed depuis la session de questions-réponses qui s’est tenue après la réunion du comité de politique monétaire (FOMC) le 19 juin dernier. Nous pensons que Bernanke a été parfaitement clair en indiquant que la Fed débutera ses achats d’actifs dès cet automne et qu’elle les aura terminés dès l’été 2014, SI l’économie et le taux de chômage se développent comme prévu par la banque centrale.

Selon les minutes du FOMC, il apparaît que l’idée d’une réduction des achats d’actifs plus tôt que prévu gagne du terrain. Outre l’impact positif ou négatif des statistiques macro-économiques qui seront publiées au cours du second semestre, des facteurs techniques au sein du marché obligataire pourraient forcer la main de la Fed.

Le déficit budgétaire mensuel est en train de reculer sous l’effet de l’augmentation des recettes fiscales, d’une diminution des dépenses du fait du séquestre, et des dividendes payés par Fannie Mae et Freddie Mac. En tant que tel, le Trésor n’aura pas besoin d’émettre autant de titres de dette au second semestre et il y aura donc moins de dette à monétiser par la Fed. Si l’on considère que la Fed détient déjà des montants significatifs de dette publique, il lui sera plus difficile de se procurer des obligations, ce qui créera des problèmes sur le marché repo des bons du Trésor.

Outre les minutes du FOMC, la Fed a également publié des prévisions économiques actualisées, lesquelles ont surpris Bob Johnson, notre directeur de la recherche économique. « Je suppose que la seule vraie surprise à retenir concerne le regain d’optimisme dans les prévisions de la Fed – peut-être même un excès d’optimisme, selon moi. Sa prévision de croissance pour le PIB est de 2,3%-2,5% contre ma propre prévision de 2%-2,5%. Pour 2014, sa prévision est encore plus optimiste, à 3%-3,5% contre mon estimation de 2%-2,5%. La Fed a également abaissé sa prévision d’inflation et sensiblement réduit son estimation du taux de chômage, l’un des indicateurs clefs dans la conduite de sa politique monétaire. »

La BCE maintient ses taux bas et évalue d’autres programmes

La Banque centrale européenne a maintenu son taux directeur à 0,5% en juillet, indiquant qu’elle maintiendrait cette politique pendant une durée indéterminée. La BCE a également signalé qu’elle pourrait étendre de nouveaux programmes de prêts au système bancaire si la croissance s’affaiblit ou que la liquidité disparaît. Dans un entretien publié la semaine dernière, l’allemand Joerg Asmussen, membre du board de la BCE, a remarqué que la banque centrale pourrait maintenir ses taux bas pendant une période supérieure à 12 mois. Si même les allemands se mettent à défendre l’idée de taux durablement bas pour une période de temps indéterminée, vous savez que la politique monétaire accommodante est là pour durer.

Nous continuons de penser que la BCE évalue d’autres moyens de soutenir l’économie, par exemple en développant des pools de prêts bancaires titrisés pour les petites et moyennes entreprises ou des rachats d’actifs, mais qu’elle garde ces programmes sous le coude dans l’éventualité où la crise reviendrait sur le devant de la scène.

Pour l’heure, aussi longtemps que les rendements sur les emprunts de dette souveraine de la périphérie et les spreads de crédit dans le système bancaire seront contenus, la BCE se satisfera d’utilisera des éléments de langage pour soutenir l’économie plutôt que d’utiliser de nouveaux instruments d’intervention monétaire.

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A propos de l'auteur

Dave Sekera, CFA  Dave Sekera, CFA, is chief U.S. market strategist for Morningstar.