Dark pools, le côté obscur de la finance

Ces plateformes d’échange concurrencent les bourses conventionnelles. Leur poids ne cesse de croître, pas toujours dans la transparence...

Valerio Baselli 09.01.2012

Leur nom inspire la crainte, vous savez qu'elles existent, mais vous en entendez parler très peu: elles, ce sont les Dark pools (littéralement «piscines obscures»), c’est à dire des plateformes extérieures aux circuits financiers réglementés. Leur apparition remonte à l'avènement de l'électronique dans la finance, il y a vingt ans, même si leur poids a augmenté énormément au cours des 6 dernières années. La revue britannique The Economist a estimé qu’en Europe 10% des actions échangées passent par les Dark pools, alors qu’en 2005 ce chiffre était de moins de 5%.

Elles ne sont pas toutes égales
«Dark pool est un terme utilisé pour décrire des mécanismes de négociation qui se caractérisée par un manque de transparence», affirme Barbara Alemanni, professeur de finance à l'Université de Gênes et à la School of Management Bocconi de Milan. «Les deux principaux mécanismes sont les suivants: il y a d’une part des intermédiaires financiers qui répondent à des ordres de vente et d'achat qu'ils reçoivent, sans passer par un marché réglementé et à qui fixent eux-memes un prix, d’autre part il y a les segments des marchés boursiers dans lequel les operateurs de Dark pools fournit un filtre passif, avec lequel le prix des titres sont déterminées ailleurs, dans ce cas dans les marchés réglementés. Dans les deux cas, les négociations ne sont pas traçables et se réalisent dans un environnement totalement anonyme ».

Bien sûr, dans le premier cas, il s’agit d’une activité qui a existé  jusqu'en 2007 avant d’être interdite en Europe. Maintenant, elle est autorisée sous certaines conditions. Dans le second cas, cependant, on parle d'une sorte de plateformes indépendantes, fréquentées par les grands investisseurs institutionnels.

Un plongeon dans le noir
Pourquoi un investisseur devrait-il être intéressé par ces plateformes? "D’abord il faut considérer l'anonymat", explique le professeur Alemanni, "certaines personnes ont intérêt à ne pas faire connaître au marché ce qu'elles font". Mais ce n'est pas tout, en effet. "En réalité, le plus grand avantage est autre», explique le professeur. «En fait, en utilisant ces plateformes, les opérateurs minimisent le market impact, l'un des coûts de négociation implicites les plus importants pour les investisseurs institutionnels." En pratique, chaque fois qu'une personne exécute un ordre d’achat ou de vente avec un volume inhabituel, le prix décale. Cela n'arrive pas avec les Dark pools, plateformes non-transparentes où on ne sait pas qui opère et comment.

« Le market impact  est particulièrement important sur ​​les échanges de titres illiquides», poursuit Alemanni, en fait les Dark pools sont utilisés principalement pour traiter les instruments avec une faible liquidité, comme les petites et moyennes capitalisations."

Les risques
Le problème principal de ces Dark pools est le manque de transparence sur le marché, ce qui signifie en pratique que l'information n'est pas disponible pour les opérateurs. Cela a pour conséquence qu’elles affectent la liquidité et donc  les prix affichés sur les plateformes transparentes qui, par la force des choses, ne pouvant pas disposer de toutes les informations disponibles sur telle ou telle valeur, fournissent des prix ne correspondant pas toujours à la réalite des échanges.

Danger de "Flash crash"
Le terme "Flash crash" désigne un effondrement vertigineux, comme celui du 6 mai 2010 quand s'est produite une chute brutale de l'indice Dow Jones entre 14h42 et 15h07. "C'est exactement ce que les régulateurs veulent éviter", explique le professeur Alemanni. "Le problème est que les Dark pools peuvent augmenter la volatilité, en particulier lorsque derrière les activités de trading on ne trouve pas des investisseurs, mais un algorithme qui achète et vend automatiquement sous certaines conditions, également appelé high frequency trading".

Au fonds, c'est exactement ce qui s'est passé le 6 mai : les systèmes de négociation automatisés et les systèmes de gestion des risques ont passé une rafale de commandes les unes après les autres, et dans un court laps de temps ils ont fait s’écrouler le marché américain. "Les Dark pools peuvent augmenter ce risque, mais elles ne le génèrent pas par elles-même», explique le professeur.

Mifid II, quelque chose bouge
Les autorités européennes travaillent sur la révision de la législation MiFID, laquelle devrait également contenir des règles spécifiques aux Dark pools. On ne sait pas encore clairement quelles seront les nouvelles règles, mais il est certain que les autorités vont essayer d'éclairer les segments les plus sombres du marché.

"Le vrai problème est le trading algorithmique"
"Sur les Dark pools, il y a un certain nombre d’investisseurs qui n’interviendraient pas dans de telles proportions sur un marche conventionnel ", précise Barbara Alemanni. "Imposer des règles plus strictes uniquement sur les plateformes réduirait les prestations et augmenterait les coûts de négociation. Cela pourrait avoir un impact négatif sur la liquidité, réduisant ainsi considérablement le volume d’affaires. Il serait préférable d’imposer des règles plus strictes sur les contrôles et la governance de ceux qui sont impliqués dans le recours aux Dark pools,en particulier sur l'utilisation d'algorithmes de négociation".

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A propos de l'auteur

Valerio Baselli

Valerio Baselli  est éditorialiste de Morningstar en France et Italie.

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