10 biais psychologiques à connaître (2/2)

La réussite en matière d’investissement impose de pouvoir surmonter ses propres faiblesses psychologiques – donc de savoir les identifier.

Morningstar 26.07.2013

Suite de notre série sur les 10 biais psychologiques de l'investisseur.

6. L’ancrage

Demandez aux habitants de Toulouse d’estimer la population de la ville de Strasbourg. Ils se baseront systématiquement sur le chiffre qu’ils connaissent et l’ajusteront à la baisse, tout en restant au final loin du compte. Lorsque nous tentons d’estimer l’inconnu, nous nous basons sur ce qui nous est familier.

Les investisseurs font de même. Ils prennent référence dans leur estimation des résultats d’une entreprise ou dans les résultats de l’année passée. L’ancrage conduit donc un investisseur à accorder plus d’importance aux informations connues ou immédiatement observables (les performances récentes), lesquelles influenceront leur décision d’investir.

Lorsqu’un investissement ne produit pas les résultats escomptés, nous prêtons plus d’attention à sa performance avant un déclin plutôt qu’au prix effectivement payé. Nous pouvons ainsi resté « attachés » à des sociétés de qualité moindre, plutôt que de s’en débarrasser. Cet attachement à de tels titres peut faire perdre de l’argent et nous faire manquer d’autres opportunités d’investissement bien plus intéressantes.

7. Le biais de confirmation

Un autre risque qui vient de l’excès de confiance ou de l’ancrage affecte la manière dont nous regardons l’information. Trop souvent avons-nous tendance à extrapoler nos propres croyances sans réaliser que l’on s’engage dans un biais de confirmation, ou nous traitons l’information qui va dans le sens de ce que nous croyons, ou voudrions croire.

Par exemple, si nous achetons un fonds spécialisé sur le secteur de la santé, nous aurons tendance à accorder plus d’importance aux bonnes nouvelles le concernant plutôt que d’intégrer d’éventuelles mauvaises nouvelles.

La prise de recul sur un événement passé est un moyen de lutter contre ce type de biais. Il s’agit de réévaluer un comportement passé au regard d’un événement ou d’une décision au regard du résultat effectivement observé. Par exemple, connaître la performance obtenue de la détention d’un titre aurait pu nous amener à reconsidérer l’intérêt de l’acheter. Ce type de comportement permet de regarder de manière plus objective la manière dont on prend certaines décisions en matière d’investissement.

8. La segmentation mentale

Si un ami vous raconte qu’il ne peut dépenser une certaine somme d’argent car celle-ci est dédiée au financement de ses vacances, vous avez affaire à un cas de segmentation mentale. Notre esprit nous conduit à affecter l’argent par thèmes ou chapitres – le financement des études des enfants, l’argent pour la retraite, l’argent pour la maison ou la voiture.

Les investisseurs peuvent tirer parti d’un tel biais cognitif. « Marquer » l’argent destiné au financement de la retraite vous interdira de le dépenser de manière frivole. La segmentation mentale devient un problème, toutefois, lorsque vous catégorisez des fonds sans garder une vue d’ensemble. Un exemple de cela concerne le remboursement d’impôt – de l’argent parfois considéré comme pouvant être dépensé sans trop réfléchir. Comme il s’agit en fait de revenus, cet argent ne devrait pas être considéré de la sorte.

En matière d’investissement, rappelez-vous simplement que l’argent est l’argent, peu importe s’il provient d’un compte-titres, du fruit de votre épargne, d’un héritage ou d’une plus-value sur la cession d’un bien.

9. L’effet de formulation

L’effet de formulation renvoie à un autre biais qui peut affecter votre capacité de décision. Supposons, par exemple, que vous décidez d’acheter une télévision. Mais juste avant de payer 500 euros pour cet achat, vous réalisez que le même modèle est 100 euros moins cher dans un magasin un peu plus loin. Dans ce cas, vous êtes susceptible de vous rendre dans ce magasin pour acheter une télé moins chère. Si, toutefois, vous envisagez d’acheter un ensemble de canapés et de fauteuils d’une valeur totale de 5.000 euros, et que vous savez qu’un magasin vous propose le même ensemble pour 4.900 euros, il est peu probable que vous fassiez le déplacement. Pourquoi ? Vous n’avez pas envie d’économiser 100 euros ?

Malheureusement, nous tendons à raisonner en termes relatifs (le poids des 100 euros dans le montant total de l’achat) plutôt qu’en termes absolus (100 euros). Dans le cas du téléviseur, l’économie est de 20%, dans le suivant, de 2%...

Pour éviter les effets négatifs d’un tel biais cognitif, la meilleure disposition mentale consiste à se concentrer sur le rendement total de nos investissements, et de ne pas trop raisonner en termes d’approche trop segmentée, au point où l’on perd de vue que de petites décisions en apparence peuvent avoir un impact au final conséquent.

10. Le comportement moutonnier

Il existe de centaines de titres disponibles sur les marchés. Les investisseurs ne peuvent pas tous les connaître. En fait, il est même difficile de bien connaître même quelques titres. Mais les investisseurs sont bombardés d’idées en matière d’investissement, de la part des médias, des courtiers, des magazines, des sites Internet. Au final, il arrive souvent de prendre une décision d’investir sur un nouveau titre présenté comme une bien meilleure idée que ce qui est déjà en portefeuille.

Malheureusement, dans bien des cas, les titres qui capturent autant d’attention le font parce qu’ils ont déjà eu un très beau parcours en Bourse, non parce que leurs fondamentaux s’amélioraient. Décider d’acheter un titre dans de telles circonstances relève du comportement moutonnier.

Cela ne veut pas dire que les investisseurs ne doivent pas être à l’écoute de leur environnement. Mais leur gestion de portefeuille devrait répondre à des données factuelles, fondamentales, plutôt qu’aux mouvements de la Bourse et des autres investisseurs.

Nous pouvons tous devenir de meilleurs investisseurs si nous apprenons à sélectionner des titres avec précaution et pour les bonnes raisons, et d’éviter d’écouter le bruit du marché lorsque c’est chose faite. Tout sentiment de sécurité lié au fait d’investir dans le même sens que le reste du marché ou sur les conseils de « gourous » de l’investissement ne peut que produire des résultats décevants.

 

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