Risques sur les Obligations d’Etat Euro

Un temps conçues comme des havres de paix et de sécurité, les obligations d’Etat suscitent de plus en plus de questions.

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C’est ce qu’on appelle la fuite vers la qualité : lorsque les marchés actions sont à la peine et que les obligations privées suscitent des doutes, on assiste à un regain d’intérêt pour les emprunts d’Etat, les meilleures signatures jouissant de la plus grande confiance.

C’est à ce mouvement que l’on a assisté tout au long de l’année dernière. Il a eu pour effet de tirer à la hausse les cours de ces obligations d’Etat. Ainsi, alors que sur un an la catégorie des fonds Obligations Privées Euro accuse un recul moyen de 8,8%, sur la même période les fonds Obligations d’Etat Euro affichent une progression moyenne de 5,5%.

Mais ce tableau commence à être terni par une nouvelle inquiétude : et si ces obligations d’Etat étaient devenues trop chères ? Et si certaines d’entre elles n’étaient aussi sûres qu’il y paraît ? En fait, les investisseurs s’inquiètent de l’explosion de la dette souveraine des grands émetteurs qui s’envole avec des programmes d’investissement importants comme les 780 milliards de dollars votés aux Etats-Unis

A cela s’ajoute les abaissements de notes auxquelles Standard and Poor’s a procédé : mi-janvier l’agence de notation a placé sous surveillance négatives les notes de l’Espagne et du Portugal, celle de la Grèce est passée de A à A-. Dans la foulée les cours des CDS (Credit Default Swap qui fonctionnent comme des assurances sur le risque de défaut d’un émetteur) se sont envolés, y compris sur des émetteurs tels que l’Italie ou l’Irlande.

Nouveaux doutes

Un doute qui s’est traduit, alors que début février l’agence Fitch abaissait la note de la dette russe, concrètement sur le marché comme l’explique Bertrand de Dinechin, gérant du fonds CDC Trésor Euro 1 an, qui note que "des actifs de plus en plus nombreux, y compris certaines obligations de gouvernements de la zone euro, connaissaient des phénomènes de fuite et de ventes forcées, entrainant une volatilité inédite et des écarts de prix parfois injustifiés au regard des seuls fondamentaux. […] les obligations gouvernementales italiennes, grecques et slovènes (zone euro), ainsi que polonaises, hongroises et slovaques (en euro) ont notablement sous-performé les obligations allemandes, pesant ainsi sur la performance du portefeuille. "

Pour les investisseurs de la classe d’actifs Obligations d’Etat Euro l’enjeu aujourd’hui est de savoir ce qu’ils détiennent en portefeuille. Ainsi le fonds Dexia Localys Performance comptait fin décembre une part importante de ses actifs investis en obligations souveraine de Grèce, de Lituanie, de Pologne, d’Italie, d’Espagne…

Sur les quelques 300 fonds de la catégorie Obligations d’Etat Euro, plus d’un tiers comptent plus de 30% de leurs actifs investis en emprunts souverains grecs, portugais, irlandais, italiens ou espagnols.

Ainsi, Centrale Duration 7 comptait 26% d’emprunts grecs en septembre dernier. AGF Emprunts d’Etat détenait à la même date 9% en dette souveraine grecques et 19% en italienne. Même chose pour CAAM Obligations d’Etat Euro avec 21% en Grèce, 14% au Portugal, 12% en Italie.

Analyser le portefeuille

Faut-il bouder la dette souveraine de ces pays ? Pas nécessairement ; en la matière chaque investisseur évalue le type et le niveau de risques qu’il est prêt à prendre. Encore faut-il qu’il soit informé des risques que les fonds dans lesquels il a investi sont susceptibles de porter.

Ainsi un fonds comme le LBPAM Première Moyen Terme avait comme objectif initial d’investir en titre d’Etat français ou assimilés. Progressivement le terrain de chasse du fonds s’est élargi et fin septembre 2008 on trouvait dans son portefeuille beaucoup de dette souveraine italienne et grecque, ainsi qu’un peu de dette souveraine slovaque et slovène…

Lorsque l’on s’intéresse à un fonds, un détour par l’onglet "Portefeuille" se révèle souvent être un bon investissement…

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A propos de l'auteur

Frédéric Lorenzini

Frédéric Lorenzini  est Directeur de la Recherche de Morningstar France.