Renault peut-il combler son retard sur Stellantis ?

L’accueil plutôt favorable des investisseurs aux efforts du groupe dans l’électrique pourrait y contribuer.

Jocelyn Jovène 18.03.2024
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Crédit photo: Renault/Ampere

Renault retrouve quelque scouleurs en Bourse. L’action du constructeur automobile affiche la plus forte progression à la Bourse de Paris ce lundi, avec un gain de 2,4% dans un marché en hausse de 0,2%. Depuis le début de l’année, le titre progresse de 18% (+8% pour le CAC 40).

Le rebond ce lundi jour semble liée à la publication d’une note par les analystes de Stifel, suite à une rencontre entre Vincent Piquet, le directeur financier d’Ampere (filiale électrique de Renault) et des investisseurs de la cote ouest des Etats-Unis.

« En Californie, nous étions manifestement dans un environnement qui était, sinon bienveillant, du moins familier avec les véhicules électriques. Les investisseurs semblaient globalement convaincus que l'approche spécifique d'Ampere (petite/agile/ouverte/responsable) pourrait s'imposer comme une stratégie de mise sur le marché réussie, alors que la concurrence est appelée à s'intensifier rapidement. Les derniers sceptiques pourraient certainement avoir besoin de preuves d'exécution (supplémentaires) avant de prendre le train en marche », écrivent-ils.

L’augmentation des volumes, grâce à l’élargissement de la gamme, les gains de productivité et la baisse des coûts de production (batteries, motorisation, logistique…) devraient contribuer à améliorer rapidement la rentabilité de la filiale de Renault.

Retard sur Stellantis

Malgré ces belles performance, le titre reste toujours en retrait par rapport à Stellantis, qui gagne 25% depuis le début de l’année.

Sur 3 ans, l’écart de performance est très significatif, même si Renault semble combler son écart.

Comment l’expliquer ?

Selon certains observateurs, Stellantis est devenue « la » référence en matière de performance financière au sein de l’industrie automobile, réputée pour être cyclique et destructrice de valeur sur le long terme, en raison des investissements très conséquents que doivent consentier des constructeurs et de la pression des contraintes réglementaires.

« L’entreprise a réaffirmé son objectif de marge d’exploitation à deux chiffres en 2024 et table sur un cash-flow libre positif », note Richard Hilgert, analyste chez Morningstar, à propos de Stellantis. « Le contexte macro pourrait offrir de la marge à la croissance des ventes alors que les taux d’intérêt devraient reculer, rendant les voitures plus abordables pour les consommateurs », ajoute-t-il dans une note en date du 16 février.

De son côté, l’action Renault a bénéficié de solides performances en 2023, selon Hilgert. Pour 2024, le constructeur table sur une marge d’exploitation d’au moins 7,5% et sur un cash-flow libre de plus de 2,5 milliards d’euros (contre 3 milliards en 2023).

Alors que l’adoption des véhicules électriques semble ralentir, les investisseurs se demandent quels constructeurs seront réellement en mesure de tirer parti de leur exposition à l’électrique – dont le coût total d’acquisition est quasi prohibitif avec des prix très supérieurs aux véhicules à moteur thermique – sur fond de concurrence qui devrait s’intensifier, en particulier de la part de constructeurs chinois comme BYD.

En 2023, il s’est vendu 86,3 millions de voitures particulières dans le monde (dont près de 26 millions en Chine) et le marché devrait croître de 1,7% en 2024 en volume, selon les prévisions de Bank of America Securities.

Le marché ne redépasserait le précédent record de 2019 (près de 90 millions de véhicules) qu’en 2025, selon ces estimations.

Sur ce total, les ventes de véhicules électriques (BEV) sont évaluées à 10 millions d’unités en 2023 et 12 millions en 2024 (dont 54% en Chine, 22% en Europe, 16% aux Etats-Unis et 1% au Japon).

Sur le marché de l’électrique, Stellantis et Renault ont enregistré en 2023 des parts de marché de respectivement 3,4% et 1,6%, loin derrière Tesla (18,1%), BYD (15,7%) ou Volkswagen (7,6%).

Renault a donc une carte à jouer avec sa filiale Ampere, mais encore beaucoup à démontrer pour rassurer sur le potentiel de sa stratégie dans l’électrique.

Indicateurs clef de Morningstar pour Renault

Estimation de juste valeur : €88 par action

Note Morningstar : ★★★★★

Rempart concurrentiel : aucun

Incertitude : élevée

Allocation du capital : standard

 

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Valeurs citées dans l'article

NomValeurVariation (%)Notation Morningstar
BYD Co Ltd Class A242,90 CNY-0,71Rating
Renault SA50,78 EUR0,20Rating
Stellantis NV20,22 EUR0,75
Tesla Inc177,29 USD3,88Rating
Volkswagen AG Vorz-Inhaber-Akt ohne Stimmrecht109,55 EUR-1,48Rating

A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est analyste financier senior et rédacteur en chef de Morningstar France.