Le Pen n'est pas une menace pour les services publics français

Veolia et Engie restent des titres attractifs.

Tancrede Fulop 08.04.2022
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La candidate d’extrême-droite Marine Le Pen a récemment progressé dans les sondages d’intentions de vote pour l’élection présidentielle française (qui se tiendra les 10 et 24 avril), avec un score attendu autour de 47,5 % le 4 avril en cas de second tour face à Emmanuel Macron.

Cela a déclenché une réaction négative du marché le 5 avril, l'indice français CAC 40 cédant 1,3 %, sous-performant l'indice Morningstar Developed Markets Europe de 1,5 %.

La sous-performance a été encore plus prononcée pour les trois grands services publics français avec EDF, Engie et Veolia perdant respectivement 1,4 %, 1,8 % et 5,3 %, tandis que l'indice Morningstar Developed Markets Europe Utilities Index gagnait 2,6 %.

La principale mesure négative de Le Pen pour les services publics est un moratoire sur l'énergie éolienne et solaire via la suspension des subventions aux centrales existantes et le démantèlement progressif des centrales éoliennes.

Ceci impliquerait une mise au rebut probable des parcs éoliens offshore en construction.

La principale mesure pour maîtriser l'inflation des prix de l'énergie consiste à réduire la taxe sur la valeur ajoutée sur l'essence, le gaz et l'électricité de 20 % à 5,5 %. Cela n'affecterait pas les entreprises productrices de gaz et d’électricité.

Engie

Engie est le plus exposé au moratoire avec 2,2 GW de capacités éoliennes et solaires terrestres en France soit 14% de son portefeuille.

Pourtant, nous estimons que ces actifs ne représentent que 2% de l'EBITDA du groupe.

L'impact de la suspension des subventions pourrait être positif à court terme compte tenu de la flambée actuelle des prix de l'électricité.

Engie détient une participation de 31 % dans les projets éoliens offshore du Treport et de Noirmoutiers pour lesquels nous calculons un taux de rentabilité interne de 9,1 % en raison du niveau élevé des subventions.

En supposant que ces projets soient abrogés et qu'Engie réinvestisse à des rendements de 6,5 %, cela réduirait 0,2 EUR par action, ce qui n'est pas significatif.

Enfin, une hausse des taux d'intérêt en raison de l'augmentation significative des dépenses publiques prévue par Le Pen réduirait les provisions élevées d'Engie pour les retraites et le nucléaire.

Nous maintenons notre estimation de juste valeur de 16,5 euros pour la société.

Veolia

La volatilité du marché face aux élections françaises offre un point d'entrée à Veolia.

Alors que la France représente 18% de l'EBITDA proforma de Veolia (en incluant Suez), rien dans le programme de Le Pen ne concerne les tarifs de l'eau qui sont déterminés dans les contrats signés avec les collectivités locales.

Par ailleurs, nous n'avons trouvé aucune mesure de gestion des déchets pouvant affecter Veolia.

Enfin, une hausse des taux d'intérêt en raison de l'augmentation importante des dépenses publiques prévue par Le Pen n'aurait aucun impact puisque la dette nette de Veolia est intégralement à taux fixe.

En fin de compte, acheter des actions Veolia sous-évaluées nous semble l'arbitrage le plus simple avant les élections.

Nous maintenons notre estimation de juste valeur de 34,2 euros pour Veolia.

Les actions sont sous-évaluées en dépit d'une exposition favorable à l'inflation et de la forte augmentation des bénéfices à venir suite à l'intégration de Suez.

EDF

Les perspectives d'EDF restent très incertaines, quel que soit le résultat des élections françaises.

Avec 2 gigawatts de capacités terrestres et solaires et des participations dans quatre projets éoliens offshore en France, EDF serait concerné par le moratoire.

Cependant, la clé de l'histoire de l’entreprise réside dans la future réglementation nucléaire française.

Le Pen est fortement pro-nucléaire et veut pousser les réacteurs de quatrième génération et les petits réacteurs modulaires, mais sans dire comment elle les financera.

Si Macron était réélu, les actions d'EDF bondiraient probablement car il a l'intention de nationaliser l'activité nucléaire française d'EDF dans le cadre d'une profonde refonte de l'entreprise, impliquant une relance du plan Hercule.

Par conséquent, acheter des actions avant les élections est un arbitrage tentant.

Cependant, il faut garder à l'esprit que la réglementation depuis l'élection de Macron en 2017 a été profondément défavorable à EDF.

En cas de nationalisation, le prix proposé pour racheter les 16% d'actionnaires minoritaires devrait être bien inférieur aux 15,70 euros par action qu'impliquent les 10 milliards d'euros évoqués par le ministre des Finances Bruno Le Maire en avril 2021, compte tenu de la dilution de la récente augmentation de capital de 3,15 milliards d'euros et de la forte détérioration des fondamentaux depuis.

Nous maintenons notre estimation de juste valeur de 9,5 euros par action EDF et ne voyons pas de marge de sûreté suffisante pour acheter les actions au niveau actuel.

 

© Morningstar, 2022 - L'information contenue dans ce document est à vocation pédagogique et fournie à titre d'information UNIQUEMENT. Il n'a pas vocation et ne devrait pas être considéré comme une invitation ou un encouragement à acheter ou vendre les titres cités. Tout commentaire relève de l'opinion de son auteur et ne devrait pas être considéré comme une recommandation personnalisée. L'information de ce document ne devrait pas être l'unique source conduisant à prendre une décision d'investissement. Veillez à contacter un conseiller financier ou un professionnel de la finance avant de prendre toute décision d'investissement.

 

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Valeurs citées dans l'article

NomValeurVariation (%)Notation Morningstar
Electricite de France SA7,78 EUR0,75Rating
Engie SA11,37 EUR0,19Rating
Veolia Environnement SA24,42 EUR2,13Rating

A propos de l'auteur

Tancrede Fulop  est analyste actions chez Morningstar.