Les profits, juges de paix des marchés

Pour l’heure, la chute des Bourses s’explique uniquement par l’effondrement des multiples de valorisation.

Jocelyn Jovène 24.03.2020

Le mouvement de baisse sur les marchés a été massif et extrêmement rapide.

Mais de nombreux observateurs pensent que, malgré les phases de sursaut observés dernièrement en réaction aux annonces de politique économique, cette baisse n’est peut-être pas terminée.

La raison est que la visibilité sur l’évolution des profits est encore très incertaine. Or, la dynamique des cours de Bourse dépend essentiellement de deux facteurs : l’évolution des profits et l’évolution des multiples de valorisation (P/E pour faire simple).

Le premier facteur est lié à l’économie réelle. Le second reflète la psychologie des investisseurs (des P/E élevés reflètent un certain optimisme ; des P/E faibles, une certaine prudence voire du pessimisme).

Or jusqu’ici, c’est la chute des multiples de valorisation qui a été le principal moteur de la baisse des Bourses. Cette chute ne s’est pas exprimée de la même manière en fonction des secteurs d’activité, voire entre les entreprises. En particulier, les entreprises de qualité et de croissance ont plutôt mieux résisté dans la baisse que les valeurs les plus cycliques ou celles directement impactées par le coronavirus (pensez aux compagnies aériennes ou aux groupes hôteliers).

La deuxième vague, celle des profits, n’est pas encore arrivée. Tout simplement parce que les entreprises sont encore incapables de mesurer l’impact du coronavirus sur leur activité. Mais elle aura un impact et certaines entreprises ont commencé à préparer les esprits des investisseurs.

Source: SG Cross Asset Research, 23 mars 2020

La communication financière de nombre d’entreprises a pour l’heure consisté à abandonner les objectifs financiers pour 2020. Elle s’est aussi évertuée à rassurer en annonçant un renforcement de leur situation de trésorerie/liquidité, quitte à ce que cela se traduise par une réduction des dividendes et un arrêt des rachats d’actions.

On commence néanmoins à en avoir une certaine idée de ce à quoi il faut s’attendre, au moins sur le plan macro-économique.

Le cabinet Markit a publié ce mardi 24 mars l’indice avancé PMI pour la zone euro. Il s’est effondré dans des proportions plus importantes que lors de la crise financière de 2008.

Selon Andrew Lapthorne, analyste quantitatif chez Société Générale, « le nombre de titres en baisse de 50% ressemble aux précédentes récessions, mais le nombre de compagnies chutant de 70% et plus est toujours inférieur aux épisodes de la récession de 2002/03 et de la crise financière de 2008 ; une poursuite de la baisse est possible. »

Pour évaluer cette baisse, il faut se reposer sur l’évolution à venir des profits. Selon Lapthorne, « les actions, vrai ou faux, tendent à chuter de la même manière que les profits, un problème majeur compte tenu du hiatus qui affecte l’activité mondiale. Cela ne doit pas forcément se produire au même moment et les cours anticipent clairement la chute à venir des profits, mais la visibilité sur les futurs bénéfices par action est proche de zéro. »

Il prévient d’ailleurs : « les actions ne sont pas bon marché de manière généralisée, mais certaines le sont déjà. »

Un sentiment partagé par Lorraine Tain, chez Morningstar. « A court terme, la situation pourrait devenir encore plus difficile, mais les efforts collectifs pour maîtriser le coronavirus devraient porter leurs fruits d’ici 9 mois. »

L’épisode du coronavirus « aura un impact de court terme majeur pour de nombreuses entreprises. Nous pensons que cette crise bénéficiera aux entreprises disposant d’un rempart concurrentiel et d’une bonne solidité financière. »

 

 

 

 

 

 

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A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est le rédacteur en chef de Morningstar France.

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