Chine : encore une bulle immobilière ?

La façon dont les autorités chinoises gèrent la hausse des prix inquiète de nombreux observateurs.

Jocelyn Jovène 25.10.2016
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Le ralentissement économique de la Chine semble ne pas affecter le marché immobilier. Le prix moyen des nouveaux logements dans 70 villes chinoises a augmenté de 11,2% en un an au cours du mois de septembre, après 9,2% de hausse en août, selon le site Tradingeconomics. La hausse des prix s’accélère et laisse poindre le risque d’un emballement.

La situation est telle que les autorités locales chinoises ont commencé à prendre des mesures pour calmer les ardeurs des acheteurs, d’autant que ces acquisitions contribuent à l’augmentation du niveau d’endettement des ménages (71% des nouveaux prêts émis en juillet et août dernier l’étaient pour financier un achat immobilier).

Le problème est soulevé depuis quelques semaines par de nombreux bureaux d’analyse, qui soulignent les risques de fragilité qu’un éclatement de cette bulle immobilière pourrait provoquer sur une croissance déjà en phase de décélération.

L’immobilier représenterait 14% de la production domestique, selon une étude publiée le 4 octobre par Goldman Sachs. « Nous voyons une vulnérabilité croissante du marché immobilier chinois. Les booms entretenus par les autorités sont suivis par des affaissements. L’excès d’offre dans des régions où la demande ralentit peut conduire à une augmentation des inventaires et pourrait peser sur le marché immobilier dans les années à venir », observent les économistes de la banque américaine.

Les analystes de Morningstar notent dans une monographie sur l’offre de fonds actions chinoises que cette situation crée un risque d’incertitude politique, « le gouvernement hésitant entre soutenir la croissance et éviter la création de bulles. »

Ces hésitations sont d’ailleurs source d’inquiétude. Pour les économistes de Deutsche Bank, la gestion de la bulle immobilière chinoise par les autorités leur rappelle la façon dont la bulle boursière de 2015 avait été (mal) gérée.

Les risques sont clairs selon eux : un ralentissement plus marqué de la croissance l’an prochain (6% contre 6,2% selon l’OCDE), mais surtout une reprise plus marquée des sorties de capitaux, une diminution des réserves de changes (qui pourraient ainsi passer sous la barre de 3.000 milliards de dollars) et une baisse du yuan.

Ce même scénario avait provoqué un regain de volatilité des marchés actions dans le monde en 2015 et début 2016.

Il faut ajouter à cela le fait que la croissance chinoise est de plus en plus autocentrée, et donc que, ralentissement économique ou pas, la Chine devrait moins jouer un rôle d’entraînement sur la croissance du commerce mondial dans les années à venir.

L’éclatement de la bulle immobilière chinoise pourrait mettre à mal le scénario de reprise de l’économie mondiale, et peser sur les croissances bénéficiaires dans de nombreuses régions. Or c’est précisément la reprise des profits dans le monde qui est considérée par de nombreux investisseurs comme le facteur principal d’un retour plus marqué vers les actifs risqués.

 

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A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est le rédacteur en chef de Morningstar France.