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Santé : pourquoi les investisseurs font-ils la moue ?

Une déconnexion s’opère entre fondamentaux et valorisation par le marché. Quelles en sont les raisons ?

Jocelyn Jovène 26.09.2016
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Depuis le début de l’année, le secteur européen de la santé a reculé de 7%,

Pourtant, durant cette période, les estimations de résultat des analystes ont été revues à la hausse de 0,5%, ce qui signifie que l’ajustement s’est fait par une compression de 7,4% des mutliples de valorisation (P/E à 12 mois), selon les données de Factset.

Qu’est-ce qui explique ce désintérêt des investisseurs alors que, dans un environnement de faibles taux d’intérêt, le secteur de la santé a de nombreuses caractéristiques que les investisseurs recherchent : des histoires de croissance, une rentabilité élevée et des cash-flows relativement visibles, en particulier pour les groupes pharmaceutiques ou les sociétés de services et de technologie qui investissent régulièrement en R&D ?

Une possible explication tient à la cherté relative du secteur, qui avait atteint des niveaux élevés (P/E de 20x et plus) au printemps 2015, au moment où certaines valeurs du secteur (Sanofi par exemple) commençaient à inquiéter les investisseurs quant à leur capacité à générer des rendements suffisants dans les années à venir.

Ceci a d’ailleurs pesé sur les prévisions de croissance des résultats du secteur.

Les analystes attendent une progression de 3% des profits cette année et de 8% l’an prochain, ce qui peut sembler peu au regard des multiples de valorsation (P/E 2017 de 16,8x et de 18,2x cette année).

L’autre explication possible du derating du secteur est l’élection présidentielle américaine. Tôt dans la campagne, de nombreux candidats, et notamment Hillary Clinton, ont fait état de leur souhait de faire baisser les prix des médicaments. Plusieurs médicaments et groupes pharmaceutiques ont fait les gros titres des médias outre-Atlantique suite aux annonces de hausse de prix.

De nombreux analystes pensent que ce risque devrait au final être mesuré, mais il ne peut totalement être exclu, en particulier lorsqu’il s’agit d’une mesure politique de santé publique.

Un troisième risque, plus structurel, est l’émergence des biosimilaires. Les groupes pharmaceutiques ont eu à gérer, parfois dans la douleur, la transition des traitements d’origine chimique à ceux d’origine biologique, sous la pression des fabricants de médicaments génériques et des pertes de brevets ("patent cliff").

Certains d'entre eux s'en sont sortis en innovant, en acquérant des sociétés de biotechnologies ou en diversifiant leurs activités (Sanofi a, par exemple, fait les trois).

Le développement de la biotechnologie a aidé de nombreux laboratoires à innover davantage et à reprendre la main face aux « génériqueurs ». Cette situation est en train de changer car les génériqueurs innovent eux aussi.

La menace biosimilaires n’est pas nouvelle, mais elle pourrait prendre de l’ampleur dans les prochaines années, d’autant que des acteurs importants de l’industrie (Amgen, Pfizer), ainsi que de nouveaux entrants (Celltrion) s’y impliquent.

L'environnement de court terme est donc plus difficile pour les groupes pharmaceutiques. 

Les investisseurs peuvent néanmoins trouver des idées d’investissement et s’exposer aux acteurs les plus solides du secteur. 

 

 

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A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est le rédacteur en chef de Morningstar France.