Montée des craintes sur le secteur bancaire

Contraintes réglementaires, faiblesse des taux, incertitudes sur le pétrole ou la croissance mondiale ont largement pesé sur la valorisation du secteur.

Jocelyn Jovène 05.02.2016
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Depuis le début de l’année, l’indice Stoxx Europe 600 perd 10%, les valeurs bancaires plongent de 18,8%. Alors que le secteur présentait déjà des niveaux de valorisation décotés par rapport au reste du marché, son repli en Bourse a un peu plus déprimé ses multiples.

A fin janvier, le repli de près de 15% de l’indice Stoxx Europe 600 Banks s’expliquait aux deux tiers par le recul des multiples de valorisation et pour un tiers seulement par la révision en baisse des estimations de bénéfice par action à 12 mois.

En agrégé, le secteur se traite sur un multiple d’actif net de 0,7x pour une rentabilité des fonds propres de 7,7% - à comparer à des moyennes historiques de respectivement 1,4x et 12,2%.

Certaines banques ont fait les frais des craintes des investisseurs, après un exercice 2015 marqué par un regain de volatilité sur les marchés financiers et, pour certaines classes d’actifs, un recul de la liquidité.

Parmi les pires performances au sein du secteur, on relève la contre-performance des banques grecques et italiennes – Banca Monte dei Paschi, Eurobank Ergasias, Alpha Bank, Unicredit ou UBI ont respectivement plongé de 52%, 48%, 44%, 37% et 36%. De même de grosses banques d’affaires comme Deutsche Bank, Credit Suisse ou UBS ont perdu respectivement 32%, 31% et 22%.

Ces contre-performances sont souvent liées à des problématiques spécifiques et des erreurs stratégiques. Mais elles reflètent également les inquiétudes des investisseurs sur les perspectives de rentabilité du secteur au regard de la compression des marges d’intérêt, du fait de taux d’intérêt qui n’ont cessé de chuter depuis de nombreuses années, et de pressions réglementaires qui ont augmenté les coûts d’exploitation des banques et donc érodé leur rentabilité.

Cette situation plus compliquée pour le secteur bancaire amène également les investisseurs à s’interroger sur la capacité des banques à préserver voire accroître la rémunération des actionnaires.

Conséquence de la crise financière de 2008, jusqu’à une période récente, les banques étaient obligées par le régulateur de reconstituer leurs fonds propres et de réduire la taille de leur bilan avant de pouvoir envisager de redistribuer une partie de leurs profits à leurs actionnaires.

La situation est en train d’évoluer en douceur – à titre d’exemple, BNP Paribas a annoncé ce vendredi un dividende de 2,31 euros par action, alors qu’entre 2012 et 2014, le dividende est resté stable à 1,50 euro par action.

Dans l’éventualité où le régulateur européen imposerait de nouvelles contraintes sur le secteur en matière de ratios prudentielles, cela pourrait obliger les banques à se focaliser davantage sur la reconstitution de leurs fonds propres plutôt que sur la distribution de ces derniers.

Les autres facteurs de risque qui pèsent sur l’industrie sont plus d’ordre macro-économique : incertitudes sur la croissance mondiale, tant aux Etats-Unis que dans le monde émergent, et chute du cours des matières premières qui peut pénaliser certaines banques en particulier.

De ce point de vue, l’analyse de Morningstar montre que si les banques peuvent gérer le risque d’augmentation des défauts liée à un pétrole peu cher, nombreuses sont celles qui ne l’ont que partiellement provisionné.

Au total, la réduction des provisions et du coût du risque, qui devait aider à l’augmentation des profits du secteur bancaire en Europe avec les efforts de réduction des coûts et des bilans, tarde à se matérialiser.

Pour un investisseur de long terme, la valorisation du secteur semble attrayante dans une perspective de long terme qui ferait le pari d’une remontée des taux et d’une meilleure visibilité sur la rentabilité de long terme du secteur dans un contexte réglementaire plus stabilisé. Tant que ces éléments ne se concrétiseront pas, les banques pourraient encore être boudées par les investisseurs.

Banques européennes les plus décotées

Banks Europe 20160205

Source: Morningstar Direct.

 

 

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Valeurs citées dans l'article

NomValeurVariation (%)Notation Morningstar
Alpha Services and Holdings SA1,67 EUR0,57
Banca Monte dei Paschi di Siena4,95 EUR0,57
BNP Paribas Act. Cat.A63,47 EUR1,02
Credit Suisse Group AG  
Deutsche Bank AG15,33 EUR0,70Rating
Eurobank Ergasias Services And Holdings SA2,11 EUR-0,66
UBS Group AG27,47 CHF-0,47Rating
UniCredit SpA37,98 EUR0,46Rating

A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est analyste financier senior et rédacteur en chef de Morningstar France.