Sanofi : le doute revient

Le groupe pharmaceutique est sanctionné sur un profit warning. Une nouvelle qui ébranle en partie la confiance des investisseurs.

Jocelyn Jovène 01.08.2013
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La Bourse a une certaine capacité à encaisser certaines mauvaises nouvelles. Mais sa tolérance a des limites. Les investisseurs s’attendaient ainsi à ce que le deuxième trimestre de Sanofi marque le coup. La baisse des résultats était en grande partie attendue, à cause d’une base de comparaison élevée (le deuxième trimestre 2012 bénéficiait des ventes de médicaments tombés depuis dans le domaine public et dont les ventes se  sont effondrées avec l’apparition sur le marché de produits génériques).

Mais le marché a mal digéré une publication très sensiblement en-deçà des attentes – un chiffre d’affaires trimestriel 5% sous le consensus et un bénéfice par action 15% sous les prévisions des analystes – en grande partie à cause de dépréciations de stocks de médicaments génériques au Brésil. Un élément non prévu et qui interroge ce qui attendra les investisseurs au cours des prochains trimestres.

Sanofi, qui est l’un des groupes pharmaceutiques les plus exposés aux pays émergents, accuse un repli de 2,3% de ses ventes sur ces marchés (mais +5,3% hors effet génériques au Brésil). Cela marque un ralentissement sensible pour l’une des plates-formes de croissance au cœur de la stratégie de reconquête voulue par Chris Viehbacher.

En multipliant les plates-formes de croissance, le dirigeant a clairement réorienté le modèle économique du groupe pharmaceutique – en l’éloignant du modèle classique des « blockbusters » (ces médicaments qui génèrent un chiffre d’affaires supérieur au milliard d’euros). Cette stratégie est hautement risquée mais très rentable en cas de succès de mise sur le marché d’un nouveau produit.

Viehbacher a privilégié une multiplication des plates-formes de croissance, dans les vaccins (un domaine où Sanofi est leader mondial de longue date), la santé animale, les ventes hors prescription (OTC), les génériques ou les émergents. Le groupe s’est recentré sur quelques domaines thérapeutiques stratégiques, comme le diabète et s’est lancé dans des opérations de croissance externe pour compléter son dispositif.

L’acquisition de Genzymes, en 2011, marque également un changement dans la manière de concevoir et de produire des médicaments (ces derniers ne sont plus fabriqués à partir de technologies chimiques mais reposent sur la maîtrise de savoir-faire biologiques, plus complexes et difficiles à copier par des génériqueurs).

Les résultats du deuxième trimestre montrent toutefois que seules quelques plates-formes ont joué leur rôle (le diabète et Genzymes). Les commentaires des analystes sont peu amènes :

« Sanofi déçoit pour le second trimestre d’affilée e le marché sera désormais circonspect », écrivent les analystes de Natixis Securities dans une note. « Nous nous attendions à une publication difficile, celle-ci se révèle très décevante », ajoute CM-CIC Securities. « Les résultats d’aujourd’hui avec des faiblesses dans tous les métiers vont significativement miner la confiance des investisseurs dans l’histoire de croissance de la société », renchérit Citi.

Le cas de Sanofi montre que la confiance est une chose particulièrement fragile à obtenir en Bourse : elle met beaucoup de temps à s’acquérir, mais peut disparaître ou être durablement endommagée en quelques instants.

Le groupe pharmaceutique devra démontrer que les incidents récents sont de court terme et que l’histoire de croissance de Sanofi est intacte. Un travail de longue haleine en somme.

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A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est analyste financier senior et rédacteur en chef de Morningstar France.