La Chine est-elle encore digne d’intérêt ?

Les investisseurs exposés aux actions chinoises connaissent des moments difficiles: faut-il sortir ou réinvestir ?

Cherry Reynard 02.07.2013
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Courant juin, l’indice Shanghai Composite a chuté de 5,3% en une seule journée, passant sous le seuil symbolique des 2.000 points. C’était son plus bas niveau depuis les affres de la crise financière. Depuis le début de l’année, l’indice perd 10%. Par ailleurs, on apprenait, en même temps que son départ à la retraite, qu’Anthony Bolton, gérant star de Fidelity et spécialiste des actions chinoises, détenait une position significative dans un trust exposé à cette classe d’actif, convaincu que ce marché présente une opportunité d’investissement majeure. Quels espoirs ont les investisseurs malmenés par ce marché ?

La Chine est un marché difficile à appréhender pour tout investisseur. La classe d’actif affiche les pires performances sur un plan géographique, avec une performance moyenne de +0,16% sur 3 ans pour la catégorie Morningstar des actions chinoises. La situation est même pire pour les meilleurs fonds notés par Morningstar : le fonds Fidelity China Focus, noté Silver, perd entre 7% et 8% (selon la part considérée) depuis le début de l’année.

Les raisons de cette contre-performance sont de plusieurs ordres : tout d’abord, il y avait un problème de surévaluation. Simon Edelsten, gérant chez Artemis, estime que "le marché de Shanghai a chuté dans des proportions similaires à la correction observée en 2008. A notre avis, cela était dû à des niveaux de valorisation exubérants observés en 2007, les banques se traitant alors 5 fois leur valeur d’actif comptable." Le gérant ajoute que certains titres, comme Bank of Communications, qui se traitait 4,5 fois sa valeur d’actif net en 2007, vaut aujourd’hui 1 fois. Matthew Vaight, gérant actions émergentes chez M&G Investments, observe qu’à son pic, la valorisation de la Bourse chinoise anticipait implicitement une croissance des résultats de 28% par an.

L’autre problème de la Chine est la crainte récurrente de "hard landing". La croissance est sans méprise possible en train de ralentir, en raison d’une moindre croissance des exportations et d’une mauvaise allocation du capital. Cela explique pourquoi les chiffres de croissance sont continuellement revus à la baisse. Keith Wade, chef économiste chez Schroders, observe : "Nous avons révisé à la baisse notre prévision de croissance 2013 pour l’économie chinoise de 8,2% à 7,8%, pour refléter les récentes données. Le premier trimestre a négativement surpris le marché, avec une croissance de 7,7% contre une prévision de 8%, le point faible de l’activité ayant été observé en mars. Les informations pour avril donnent une impression mitigée, entre une amélioration des exportations mais une faiblesse de la production de la production industrielle et de l’investissement."

Paradoxalement, la croissance solide de la Chine ne s’est pas répercutée sur la Bourse. Après tout, une croissance de 7-8% devrait représenter un environnement porteur pour la croissance des bénéfices. Matthew Vaight pense que cela s’explique entre autres par le poids du secteur public et la mauvaise allocation du capital.

Les investisseurs sont donc confrontés à un dilemme : il est possible d’adopter une position toujours prudente sur la Chine. Simon Edelsten souligne que la mobilité du capital n’est pas libre et que l’économie peut être fragilisée par des situations de surcapacité ou de rareté. En outre, sa démographie est chancelante, victime de la combinaison toxique d’une population vieillissante et d’une politique de l’enfant unique.

La rechute de la Bourse chinoise a été suivie de peu par une envolée des taux sur le marché interbancaire chinois. Cela fait partie de la confrontation entre les banques commerciales et la banque centrale, cette dernière cherchant à reprendre le contrôle sur le système bancaire parallèle ("shadow banking system"). Par ailleurs, il y a toujours de profondes interrogations sur les pratiques de financement bancaire et de prêts dans le pays. La transition d’un modèle économique assis sur la production et les exportations vers un système où la consommation est moteur de la croissance ne sera pas un long fleuve tranquille. Une croissance ralentie et une demande plus faible en sont les conséquences à court terme.

Les actions chinoises affichent désormais des niveaux de valorisation plus raisonnables. Edelsten estime que le marché ignore la croissance des pays de l’ASEAN et a une vue trop noire de la situation chinoise. Didier Rebattu, chez Lombard Odier, note : "Nous avons récemment accru notre exposition aux actions chinoises, qui présentent une valorisation plus attrayante." Le thème de la consommation domestique sera porteur pour les prochaines années, voire les prochaines décennies, conduisant le gérant à s’exposer à certaines valeurs comme les fabricants de bière.

Vaight indique qu’il regarde de plus près la situation chinoise qu’auparavant, d’autant que les valorisations sont à un niveau tel qu’une prise de risque accrue semble possible. Edelsten croît en outre que le pays offre plus d’opportunités que ce ne fut le cas auparavant. Certains commentateurs évoquent même la notion de "capitulation", un signe que le marché est proche de son point bas et qu’il pourrait rebondir.

Patrick Connolly, CFP chez Chase de Vere, estime qu’il existe un "énorme potentiel d’investissement" en Chine, malgré le ralentissement de la croissance. Pourtant, cette croissance s’accompagnera d’un regain de volatilité et les investisseurs seraient donc avisés de l’aborder en utilisant des fonds bien diversifiés, la Chine étant proche de son point bas, mais le calendrier du rebond étant particulièrement délicat à prévoir. 

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A propos de l'auteur

Cherry Reynard  est journaliste financière écrivant pour Morningstar au Royaume-Uni.