Dette émergente: embouteillage en vue?

L'afflux de liquidités sur la dette émergente et le regain de volatilité des devises asiatiques inquiètent.

Jocelyn Jovène 13.06.2013
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En quelques années, la dette émergente est devenue une source de rendement et de diversification recherchée pour de nombreux investisseurs. Face à une demande croissante, l'offre de produits s'est multipliée (avec de nouveaux fonds encore mis à la commercialisation en France il y a quelques semaines). Les actifs sous gestion dans cette classe d'actif n'ont cessé de progresser (graphique).

Un regain de volatilité qui inquiète

Mais depuis que le Japon a déclenché une guerre des devises en provoquant une chute du yen (-14% depuis le début de l'année), le déséquilibre des balances commerciales pénalise, par effet de ricochet, les autres devises de la région. Cette situation pousse certains gérants à se demander si la liquidité des marchés de dette émergente est suffisane dans l'éventualité où les investisseurs décideraient de sortir en masse.

Actifs sous gestion en dette émergente

 

"Ces marchés ont attiré énormément de flux, mais il n’est pas certain que les investisseurs auront la même facilité à sortir de cette classe d’actifs qu’ils n’en ont eu pour y rentrer... La qualité et la liquidité des investissements réalisés sur ces actifs seront très fortement discriminants en cas de chocs", observe Alain Pitous, directeur des gestions diversifiées et deputy CIO d'Amundi Group.

Dans sa chute, le yen a entraîné les devises de nombreux pays émergents (les encore peu connus "TIPS" pour Thaïlande-Indonésie-Philippines-Singapour), mais pas seulement. L'onde de choc atteint d'autres classes d'actifs: or, matières premières, actions émergentes...

Des facteurs conjoncturels

Pierre-Yves Bareau, responsable de la gestion dette émergente chez JPMorgan Asset Management pense, au contraire, que la correction actuelle ne devrait être que temporaire. Fondamentalement, elle s'explique par le différentiel entre des indicateurs d'activité (PMI, ISM) mieux orientés dans les marchés développés que dans les pays émergents. A cela s'est ajouté l'intervention de nombreuses banques centrales qui ont baissé leur taux d'intérêt.

"Nous pensons que ce stimulus monétaire et une meilleure croissance des marchés développés entraînera les économies émergentes au fur et à mesure que l'année avance", explique ce gérant dans un récent commentaire aux clients de la banque.

Même son de cloche chez Pictet. Pour Frédéric Rollin, conseiller en investissement au sein de la banque privée suisse, le regain de volatilité sur la dette émergente est la conjonction de 3 facteurs: "1. la baisse des matières premières qui pèse sur les comptes courants de nombreux pays exportateurs (Afrique du Sud) ; 2. les déclarations de la Fed évoquant une réduction à venir de sa politique d’assouplissement quantitatif et 3. des signes de ralentissement en provenance de certains pays émergents majeurs (Chine)."

Malgré la chute de certaines devises émergentes, comme la roupie indonésienne ou le won coréen, ce conseiller estime qu'il n'est pas justifié de faire un parallèle avec les crises financières de 1997 (Asie) ou de 1998 (Russie):

"Nous pensons que la correction sera passagère et que nous n’aurons pas d’événement de type crise de 1998 : ce sont des marchés et des économies sensiblement plus matures qu'à l'époque et qui présentent des fondamentaux solides (maîtrise de l’inflation, faible endettement de l'état…)."

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A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est le rédacteur en chef de Morningstar France.