Grèce, le FMI optimiste. Peut-être trop

Selon la dernière publication sur l'état de l'économie mondiale, en 2016 Athènes aura une croissance supérieure à celle de l’Allemagne.

Valerio Baselli 27.11.2012

C’est avec perplexité que ces prévisions économiques, publiées récemment par les plus importantes organisations mondiales ont été accueillies. Dans un monde où il est difficile de savoir ce qui se passera dans trois mois, certains osent tout de même des prévisions sur cinq et même cinquante ans. Le premier est le cas du Fonds monétaire international, qui publie semestriellement ses perspectives sur l'économie mondiale dans le document World Economic Outlook  (WEO).

La dernière édition, publiée il ya deux semaines, a réservé pas mal de surprises. Les premières étant les estimations de la croissance du produit intérieur brut de la France, l'Allemagne, la Grèce, l'Irlande, l'Italie, le Portugal et l'Espagne. Selon le FMI, la Grèce, le Portugal, l'Espagne et l'Italie sortiront de la récession en 2014, enregistrant des progrès significatifs d'ici à 2015. Mais les progrès les plus spectaculaires seront ceux de la Grèce et de l'Irlande, qui dépasseront la phase critique liée au régime d'austérité et à la préservation de l'union monétaire en 2016 et progresseront de 3,8% et 2,9%. L’Allemagne, de manière surprenante, devrait atteindre en 2016 une croissance parmi les plus faibles du continent.


Source : Fonds monétaire international

Des estimations qui ont fait beaucoup réagir les experts. "Je sais ce que vous pensez tandis que vous lisez ces chiffres: c'est merveilleux !", réplique sarcastiquement Anthony Doyle, qui fait partie de l’équipe Fixed Income de M&G Investments. "Et qu'est-ce qui va se passer sur le marché du travail dans ces pays? Ne vous inquiétez pas, le FMI a également pensé à cela et il a bonnes nouvelles : le chômage va baisser dans toute l'Europe (peut-être les travailleurs cessent de chercher du travail, ou bien qui sait, peut-être que nous verrons une migration de masse)". En outre, selon le rapport, tous les efforts de la Banque centrale européenne devraient permettre d'atteindre l'objectif principal de la politique monétaire: l'inflation juste au dessous de 2% sur le moyen terme.

La "pauvre" Allemagne

En tous cas, le FMI est en bonne compagnie. Même d’après une récente étude de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), Berlin va rencontrer des difficultés dans les années à venir. Ce qui est surprenant, dans ce cas, c'est l'amplitude temporelle. L'OCDE, en effet, se lance dans une prédiction selon laquelle, au cours des 50 prochaines années, l'Allemagne va marquer une croissance moyenne annuelle de 1,3%, supérieure seulement à celle du Japon (1,1%).

Le principal problème, selon le rapport, est le vieillissement de la population, qui exercera une pression à la baisse sur l'entrée de main-d'œuvre et sur la productivité. En effet, le Japon et l'Allemagne, sur le plan du vieillissement, sont au premier rang des pays de l'OCDE, suivis par l’Italie.

Quelque chose ne tourne pas rond

"Il semble donc que, en 2017, le meilleur endroit pour vivre en Europe sera la Grèce", explique Doyle. "Une baisse rapide du chômage, une inflation modeste et une croissance parmi les plus élevées de la région: que voulez-vous en plus? Sans oublier que la vie coûte maintenant moins, puisque les prix des logements ont chuté de 21,6% par rapport à leur point maximum".

Pourtant, quelque chose ne tourne pas rond. "Alors, pourquoi les grecs partent-ils?", demande le gérant. En fait, selon les derniers chiffres de l'Office allemand des statistiques, en 2011, l'Allemagne a connu le plus fort taux d'immigration en plus de 15 ans, recueillant près d'un million de nouveaux étrangers. Quelle coïncidence, ce sont les grecs, suivis par les espagnols, qui en forment la majorité. N'ont-ils pas confiance dans les estimations du Fonds monétaire international?

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A propos de l'auteur Valerio Baselli

Valerio Baselli  è Redattore di Morningstar in Italia