Vers un retour des OPA ?

Directrice du développement chez Henderson Global Investors, Patricia Kaveh fait le point sur une possible explosion du nombre des opérations de fusion-acquisition.

Contributeur, 23.11.2009

La récente OPA hostile de Kraft Food sur Cadbury et l’acquisition de Marvel Entertainment par Disney sont les prémices d’un nouveau boom des opérations de fusion-acquisition.

"C’est différent aujourd’hui ! " : citation mainte fois répétée par ceux qui ont la mémoire courte ! Chacun cherchant à se persuader, voire convaincre ses pairs que cette conjoncture de marché singulière ne se terminera pas par une nouvelle débâcle.

Avec la possibilité de lever des capitaux bon marché, de fortes convictions, des cours d’actions intéressants, nous pourrions effectivement rentrer dans une phase de boom pour ce type d’activité.

Le boom des opérations de M&A des années 80 fut insufflé par une forte croissance économique. L’augmentation du prix des titres et la formation du marché des "junk bonds" ont fourni des fonds pour des opérations de LBO. Ces offres hostiles étaient populaires, les acquéreurs ont profité de la dépression relative des valorisations des sociétés ciblées. Tout s’est terminé après le Black Monday, le 19 octobre 1987, lorsque les marchés des "junk bonds" et des actions se sont écroulés, le précurseur de cette faillite fut la banque d’affaire Drexel Burnham Lambert, spécialiste des "junk bonds", en 1990. Cette période fut accompagnée d’une augmentation des taux d’intérêt et d’une récession.

De cette flambée des opérations de fusion-acquisition des années 1980 a émergé des stratégies anti-OPA, courant inverse des OPA hostiles qui avaient caractérisé ce boom. Des stratégies telles que la ‘pastille empoisonnée’ ou le ‘conseil d’administration échelonné’, étaient destinées à prévenir les OPA ou au pire à assurer un prix avantageux aux actionnaires. Elles ont été populaires jusqu’à la fin des années 1990 lorsque les réminiscences des années 1980 ont finalement été obscurcies et que les marchés furent stimulés par la perspective d’un nouvel essor des opérations de M&A. Ceci a duré jusqu’en 2001 lorsque la bulle des "dots -com" a freiné les opérations de fusion-acquisition. Mais par la suite, la reprise économique de 2003 et la forte liquidité des marchés ont remis les opérations en première ligne. Les acquisitions ont couvert de nombreux secteurs ; les fonds souverains ainsi que les sociétés basées dans les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) commencèrent à jouer un rôle plus important. Pendant ce temps, les secteurs des télécoms, des financières, du service public ainsi que les matières premières et les pharmaceutiques étaient ensemble sous le feu des projecteurs.

L’apogée du dernier boom date de 2007 ; le nombre de transactions est aujourd’hui équivalent à celui de 1997, nous sommes probablement dans un creux du cycle actuel. A quoi ressemblera le prochain boom des opérations de M&A ? Les récents exemples suggèrent des transactions définies par une stratégie claire, qui se feront entre des sociétés similaires avec des synergies évidentes. Ces opérations seront probablement financées par une alliance de liquidités et de titres avec une partie des liquidités pouvant provenir de la dette, il est peu probable d’assister à un retour des fonds de Private Equity, la plupart d’entre eux pansent encore leurs blessures infligées en 2008. Nous nous attendons à voir plus de transactions transfrontalières, avec des entreprises implantées dans les BRIC. Les investisseurs sont à la recherche d’entreprises de croissance dans les secteurs de la santé, du transport aérien, des services financiers et des medias déjà bien consolidés. Le secteur de la santé dispose de fortes réserves de liquidités et offre de très faibles valorisations.

Malgré de bons indicateurs, le boom des opérations de fusion-acquisition reste discutable. Les comités de direction ne voudront pas être pris de court en faisant des offres trop chères pour l’acquisition d’un rival. De plus, l’administration Obama, via le ministère de la justice US et la Federal Trade Commission, sera certainement plus dure en ce qui concerne l’approbation des fusions proposées que ne l’était l’administration Bush. N’importe quelle nouvelle loi anti-trust découragera la concurrence. Il y a également un risque que d’autres pays adoptent des politiques protectionnistes pour prévenir les OPA d’entités non-domestiques tout aussi certainement que la mondialisation sera un moteur des opérations de M&A futures. Les récentes offres l’ont déjà prouvé ; Kraft pourrait mettre un pied en Inde et en Afrique du Sud via la fusion avec Cadbury ; pendant ce temps dans l’industrie des boissons, les spéculations sur un rapprochement entre Heineken et SABMiller avec le brasseur mexicain Femsa vont bon train.

Bien que nous soyons enclins à penser que la reprise des marchés va durer, nous savons que les risques de déraillement sont plus importants que dans le passé et que nous avons été témoins de cette incertitude au cours des semaines précédentes. Après l’annonce des résultats du troisième trimestre, nous avons besoin de voir si les actifs risqués peuvent survivre à leur reprise. La correction actuelle pourrait exclure certains excès et permettre aux investisseurs hors marché d’avoir une chance de rentrer. Les marchés, de par leur nature, créent une certaine quantité de volatilité, mais dans notre monde post-Lehman, les changements de l’économie réelle ont une contribution bien plus importante à la volatilité des marchés. Il existe un risque certain que les marchés seront sans cesse à la hausse et à la baisse et ce pour de nombreuses années.

Chaque cycle de marché est caractérisé par une série unique de thématiques qui apparaissent en tant que principaux moteurs du moment, la vigilance est la clé pour débusquer ces thématiques lorsqu’elles émergent. Cette fois, les opérations de M&A vont certainement être tirées par des stratégies claires alliées à un réel sens du timing. Les comités de direction seront vigilants afin de garantir leur notation de crédit et pourraient utiliser leur fonds propres pour réaliser leurs achats plutôt que de chercher à emprunter. Les sociétés de Private Equity ne seront certainement pas les acteurs majeurs, mais nous pourrions assister à des offres hostiles étant donné les liquidités importantes détenues par certaines sociétés.

Est-ce vraiment différent aujourd’hui ? Cela reste à voir…

= Les analyses rédigées par des contributeurs extérieurs ne sont pas nécessairement partagées par Morningstar. Elles n'engagent que leurs auteurs.

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