Cette fois c’est différent : vraiment ?

Les marchés financiers font preuve d’un certain optimisme mais rien n’indique que cette situation peut durer indéfiniment, selon Howard Marks.

Jocelyn Jovène 25.06.2019

On attribue à Sir John Templeton d’avoir dit que les quatre mots les plus dangereux en matière d’investissement sont : « Cette fois c’est différent ».

L’idée sous-jacente est que lorsque le prix d’un actif financier est déconnecté de sa valeur à tel point qu’il ne peut plus être justifié par des modèles traditionnels de valorisation (DCF), investisseurs et analystes expliquent que le monde a changé et qu’il faut donc changer de grille d’analyse.

L’environnement de marché actuel, caractérisé par une Bourse américaine à de nouveaux records, preuve d’un apparent optimisme, et des taux longs en train de chuter, invitant à plus de prudence sur l’évolution du cycle, pourrait amener certains à se demander si quelque chose à changé.

Dans son dernier mémo, Howard Marks, Président du fonds d’investissement Oaktree Capital, relève plusieurs observations en ce sens : l’absence de récession et son corollaire – une phase d’expansion économique historiquement longue (10 ans bientôt) ; le soutien continu des banques centrales (QE) ; des déficits et un endettement records qui ne semblent guère inquiéter les investisseurs ; un environnement de taux d’intérêt durablement bas ; des valorisations généreuses, y compris pour les entreprises qui ne gagnent pas d’argent ; une surperformance apparemment pérenne du style « croissance » par rapport au style « value ».

Le trait commun à toutes ces observations est leur optimisme. Le sentiment généralisé est que même si le cycle économique est bien avancé, rien ne semble indiquer que la situation devrait changer.

Mais est-ce vraiment le cas ? Ou bien est-ce juste lié au fait que les investisseurs ont la mémoire courte ou que nombre d’entre eux sont trop jeunes pour se rappeler que les cycles économiques et de marchés financiers existent bel et bien ?

Citons Marks : « au cours des années récentes, les Etats-Unis ont connu simultanément la croissance, une inflation faible, des déficits et un endettement en augmentation, des taux d’intérêt bas et des marchés financiers en expansion. Il est important de reconnaître que tous ces faits sont incompatibles entre eux. De manière générale, il n’ont pas co-existé sur un plan historique, et il n’est pas prudent de faire l’hypothèse que cela continuera dans le futur. »

Le patron du fonds d’investissement rappelle qu’il est important de se rappeler les trois phases d’un marché haussier.

Tout d’abord, quelques investisseurs esitment que la situation des marchés va s’améliorer (typiquement en 2008-2009 si l’on prend la période récente de hausse des marchés).

Ensuite, un plus grand nombre d’investisseurs reconnaissent que l’environnement économique s’améliore.

Enfin, tout le monde estime que cette situation économique favorable est là pour durer.

Or pour Marks, la plupart des faits caractéristiques de la période actuelle semblent indiquer que l’on est aujourd’hui dans la troisième phase d’optimisme, celle où le risque de correction est le plus grand.

 

 

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A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est le rédacteur en chef de Morningstar France.

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