2018, année noire pour les gérants petites et moyennes valeurs françaises

Très peu de gérants ont réussi à battre l’indice et le reste de la catégorie. Encore moins affichent des performances consistantes dans le temps.

Jocelyn Jovène 08.01.2019

Cet article reprend et complète un article sur le même thème publié le 25 décembre 2018.

2018 a été une année noire pour la gestion active, et en particulier pour les spécialistes des petites et moyennes valeurs françaises.

L’indice CAC Mid & Small a plongé de 26,8%, une baisse de plus de 20% étant considérée comme un "bear" market (marché baissier). Les gérants spécialistes de la catégorie ont fait mieux mais à la marge seulement, avec une baisse de 25,9% en moyenne (tableau). L'an dernier, pour la première fois depuis de nombreuses années, il était préférable de parier sur les grandes capitalisations plutôt que sur les petites.

Revue des performances

 

Source: Morningstar Direct

Aucun des gérants n’a enregistré de performance positive l’an dernier. 21 gérants ont « limité la casse » avec des portefeuilles qui ont perdu moins de 20% – la meilleure performance étant de -11,92%. Seuls deux fonds ont perdu moins de 15% sur l’année écoulée et 20 fonds ont perdu entre 15 et 20%. 62 fonds sur 100 ont perdu entre 20% et 30% et 14 fonds ont perdu plus de 30%.

Au final, seuls 22% des fonds ont battu leur indice.

Il faut remonter à 2008 pour voir une telle contre-performance de la part des gérants spécialistes de la classe d’actifs (graphique). En 2012, la performance de la catégorie avait été négative, mais les gérants avaient en moyenne réussi à faire mieux que leur indice, ce qui n’a pas été le cas l’an dernier.

Source : Morningstar Direct. Données en %.

Quelles explications ?

Comme souvent, un faisceau d’indices permettent de comprendre ce qui s’est passé.

La détérioration de l’environnement économique (recul des indicateurs de création de richesse et du sentiment des agents économiques en France, en Europe et dans d’autres pays comme les Etats-Unis ou la Chine), le regain de volatilité sur les marchés en général et la moindre liquidité affectant les petites valeurs ont joué un rôle.

L’exposition sectorielle des fonds apporte aussi un éclairage, en particulier l’exposition parfois élevée aux valeurs de consommation cyclique (dont l’automobile, secteur le plus délaissé l’an dernier), à la santé et à l’industrie (respectivement 16%, 10,9% et 23,5% des fonds de la catégorie fin 2018). Ainsi, les deux fonds qui ont perdu moins de 15% étaient moins exposés à la consommation cyclique, à l’industrie et dans une moindre mesure à la santé que leurs concurrents.

Ainsi, au sein de l’indice SBF120, 35 valeurs ont perdu entre 40% et 76% par rapport à leur dernier plus haut cours de Bourse. Cela incluait certes des entreprises en difficultés financières ou ayant averti sur l’évolution de leurs résultats (Vallourec, Technicolor, Nexans) ou des sociétés présentes dans des secteurs délaissés par les investisseurs (automobile, industrie, biotechnologie).

Les flux n'ont pas aidé

Sans surprise, contre-performance et remontée de l'aversion au risque ont pesé sur les flux. Historiquement, les années de sous-performance ont coincidé avec une décollecte parfois importante (à quelques rares exceptions près comme en 2006 ou en 2012).

 

Source: Morningstar Direct

Après un bon début d’année, les fonds gérés activement dans l’univers des petites et moyennes valeurs ont commencé à subir une très légère décollecte à partir du mois de mai, laquelle s’est amplifié dès la rentrée scolaire (-183 millions en septembre), puis a accompagné le mouvement de correction boursière (417 millions de décollecte en octobre, 123 en novembre, 267 en décembre).

Source: Morningstar Direct. Données provisoires pour le mois de décembre.

 

Conclusion

Au regard des frais de gestion courants qui tournent en moyenne à 2,13%, les investisseurs ont de quoi être mécontents. Tout ne peut pas être mis sur le dos d’une Bourse qui a mal tourné cette année. Seuls les bons « stock pickers » ont réussi à faire mieux.

Mais là encore, les investisseurs doivent se montrer prudents. Parmi les gérants qui surperforment, peu affichent une relative consistante de leurs résultats. En effet, si l’on regarde le classement relatif sur 3, 5 et 10 ans, les bons de résultats de 2018 font figure d’exception pour la plupart des gérants.

D’ailleurs peu nombreux sont les fonds qui affichent 5 étoiles, signe d’une relative surperformance sur longue période. Et encore plus rares sont les fonds qui ont une note quantitative positive attribuée par Morningstar ("Silver" ou "Gold").

 

Cette analyse a été réalisée avec la plate-forme professionnelle Morningstar Direct. Cliquez ici pour en savoir plus.

 

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A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est le rédacteur en chef de Morningstar France.