Retour sur la conférence 2018 de Morningstar France

Plus de 250 conseillers financiers, investisseurs institutionnels et gestionnaires d'actifs ont assisté aux tables-rondes et présentations de cette journée.

Jocelyn Jovène 13.09.2018

Morningstar organisait jeudi 6 septembre à Paris sa conférence annuelle, autour de plusieurs tables-rondes et présentations, avec la participation d'un économiste renommé, de gérants spécialistes de plusieurs classes d'actifs et d'experts "maison" sur différentes thématiques, dans la gestion d'actifs, la recherche ESG ou passive.

En préambule à la conférence, Christophe Tardy, directeur exécutif de Morningstar France, a fait le point sur l’évolution de la collecte en France, ainsi que sur les nouveautés lancées cette année par Morningstar, en particulier sur le risque carbone, les indices boursiers et les listes de fonds proposées aux investisseurs professionnels.

La France, élève moyen de la zone euro

La conférence a ensuite débuté par une présentation macro-économique faite par Eric Heyer, responsable du département analyse et prévision de l’OFCE. Ce dernier a soulevé un certain nombre d’interrogations dans un contexte de croissance mondiale relativement bien orientée (autour de 3,5% - voir son interview video).

Son analyse a notamment permis de comprendre pourquoi l’Europe avait pris un assez gros retard par rapport aux Etats-Unis pour sortir de la grande crise financière de 2008.

Il a par ailleurs expliqué que, contrairement aux idées reçues, la France n’est pas l’élève malade de la zone euro, plutôt un élève moyen. Il a également souligné le décalage entre l’Allemagne, qui domine largement l’économie de la zone euro, la France, dans la moyenne européenne, et des pays comme l’Italie, toujours confrontée à d’importantes difficultés structurelles.

Pour l’économiste, les principaux défis que devront relever les économies développées (et émergentes) concernent l’écartement des inégalités et l’environnement.

A plus court terme, il a estimé que le risque inflationniste, revenu sur le devant de la scène sur fond de remontée des cours des matières premières, sera sans doute moins significatif que craint au cours des prochains trimestres, compte tenu d’effets de base moins importants.

Prudence sur l'Italie

Au cours de la table-ronde obligataire qui a suivi, Anne Verlot, chez AXA IM et Xavier Baraton chez HSBC GAM (voir son interview video), ont estimé que la situation politique italienne n’offrait guère de visibilité, ce qui les conduisait à adopter une position neutre vis-à-vis du pays, tout en restant tactique.

Dans l’univers du crédit, l’écartement des spreads observé cet année a recréé des opportunités dans l’univers du high yield américain et dans une moindre mesure dans le crédit de qualité investissement. Toutefois, les deux gérants ont pointé l’importance de rester très sélectif pour dégager des rendements attrayants tout en maîtrisant le risque.

L’écartement des spreads s’est en effet accompagné d’une dispersion accrue des performances, offrant des opportunités dans le crédit émergent ou dans certains secteurs des marchés développés (télécoms aux Etats-Unis par exemple).

Ils ont reconnu une percée importante de la gestion passive dans l’univers obligataire, même si l’Europe est encore peu impactée.

Ce mouvement est logique selon eux et s’explique par la baisse des rendements obligataires, qui impose une réduction des frais de gestion.

La gestion active doit se différencier en termes de proposition et surtout être en mesure de capter des sources de création de valeur en tirant parti des mouvements de volatilité à venir des marchés.

Risque carbone

Ont suivi une présentation sur l’ESG et le risque carbone, par Hortense Bioy, responsable de la recherche gestion passive et ESG pour l’Europe chez Morningstar.

Morningstar a en effet lancé le 1er mai le label carbone, lequel permet aux investisseurs d’identifier rapidement les fonds qui ont un faible risque carbone. Cette solution permet en outre de montrer « qu’il est possible d’investir de manière respectueuse de l’environnement ».

L’accès au score de risque carbone peut être utilisé de plusieurs façons par les investisseurs : dans le cadre d’une évaluation globale des risques (exposition des fonds au risque carbone), pour comparer les fonds à d’autres fonds et à des indices de référence, pour conduire un reporting client, ou pour établir un dialogue entre les conseillers financiers et leurs clients sur la thématique climat.

Puis, au cours d’un échange avec Guy Parent, directeur général de Vanguard en France, Hortense est revenue sur les tendances de fond du marché. Le succès de la gestion passive s’explique avant tout par les difficultés de gérants actifs de battre leur indice, puisque selon Guy Parent, seuls 20% à 30% des gérants actifs y parviendraient.

Le responsable a estimé que l’évolution de la réglementation et du mode de rémunération des conseillers financiers devrait constituer un moteur de croissance pour la gestion passive, compte tenu de la diminution des rétrocessions et des changements en cours dans la distribution des fonds.

Le style croissance en bout de course ?

Au cours de la table ronde sur les actions européennes, les deux gérants présents, Ingrid Trabinsky (Métropole Gestion) et Cédric de Fonclare (Jupiter AM) ont débattu des mérites du style croissance et « value » et de la manière dont ils cherchaient à trouver des opportunités d’investissement.

Les deux gérants ont observé d’importantes dichotomies de valorisation dans les marchés, avec, depuis plusieurs années maintenant, une nette préférence au style croissance, qui a porté à des niveaux de valorisation très élevés des secteurs comme la technologie, le luxe ou la consommation courante.

Ils ont toutefois souligné l’émergence de distorsions de valorisation qu’ils exploitaient dans leur fonds, à l’instar de l’écart de valorisation entre un Amazon (2,5 fois le chiffre d’affaires) et Carrefour (0,3x), ou l’existence de valeurs pénalisées non pas du fait de leurs fondamentaux mais de leur appartenance à des métiers « disruptés » par la technologie (cas de la publicité ou de l’éducation).

La différence de styles de gestion se retrouve aussi dans l’exposition à différents secteurs d’activité (forte dans les services financiers ou l’énergie chez Métropole par rapport au fonds de Jupiter AM - voir l'interview video de Cédric de Fonclare).

Comment maîtriser ses émotions

Suivait une présentation de Clémence Dachicourt, gérante senior de portefeuilles chez Morningstar Investment Management Europe, sur la manière dont les investisseurs peuvent se laisser influencer par des biais psychologiques qui peuvent leur coûter cher, et les solutions pour éviter de tels biais.

Parmi les solutions proposées (solutions qu’appliquent d’ailleurs de grands investisseurs comme Warren Buffett ou Charlie Munger), disposer d’une « checklist » qui vous force à vous assurer qu’un investissement correspond bien à vos exigences en matière de rendement et de tolérance au risque.

Disposer d’un process d’investissement solide est également un bon moyen de ne pas se laisser entraîner par le bruit des marchés.

Etre capable de se faire l’avocat du diable et d’intégrer des éléments d’information qui ne vont pas uniquement dans son sens, ou encore faire très attention à la valorisation d’une classe d’actifs avant de l’intégrer dans un portefeuille sont autant de techniques qui aident l’investisseur et son conseiller à atteindre ses objectifs financiers.

Les émergents, une opportunité pour le long terme

La dernière intervention sur la gestion d’actifs était le fait de Wojciech Stanislawski, responsable des marchés émergents chez Comgest (voir son interview video en anglais).

Le gérant a notamment mis l’accent sur la capacité à trouver des entreprises dont la croissance des résultats est régulière, car c’est bien ce facteur qui, sur le long terme, détemrine la valeur boursière d’une entreprise.

La contribution de l’analyse ESG pour s’assurer de la qualité d’une entreprise est également importante, car elle influence directement le taux d’actualisation des cash-flows futurs et peut servir de base à un engagement entre un gérant et une société cotée.

Wojciech a ensuite partagé les « mégatrends » qui affectent l’univers des marchés émergents (évolution de la consommation des ménages qui favorise de nouveaux secteurs comme l’assurance, la santé ou les services financiers ; développement des infrastructures et des investissements technologiques...).

La blockchain, aux débuts d'une révolution

La journée s’est terminée avec une intervention de Yves Bennaïm, fondateur du groupe de réflexion 2B4CH, sur l’émergence des crypto-monnaires, de la Blockchain et des conséquences pour de nombreuses industries, y compris pour les services financiers.

Tout en reconnaissant l’intérêt évident de ces technologiques, Yves a estimé que l’on était vraiment aux tous débuts de ces technologies et qu’il était nécessaire pour tout investisseur de bien comprendre ces technologies avant d’envisager d’y placer le moindre kopek.

 

Si vous avez tenu jusqu’ici, voici en moins de 3 minutes un récapitulatif en vidéo de la journée...

 

 

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A propos de l'auteur Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est le rédacteur en chef de Morningstar France.