Les gérants passifs sont souvent des actionnaires actifs

Selon une étude de Morningstar, les principaux émetteurs d’ETF investissent de plus en plus de façon « durable ». A travers l’« engagement » et le « stewardship », les trackers n’hésitent pas à influencer les directions des entreprises dans lesquelles ils investissent.

Valerio Baselli 08.12.2017

L’explosion des investissements dans les produits passifs a soulevé des questions sur l'impact des flux des fonds indiciels (et donc des Exchange Traded Funds aussi) sur la gouvernance des entreprises détenues en portefeuille et sur l’engagement à s’assurer que celles-ci agissent dans l'intérêt des investisseurs.

Afin de mieux comprendre les activités d’engagement (c’est-à-dire la participation active à la gouvernance d'une entreprise pour stimuler des comportements durables) et la sensibilité au « stewardship » (terme anglais qui désigne l’effort d’alignement des intérêts des sociétés de gestion avec ceux de leurs clients, mais aussi entre les dirigeants d’entreprises et leurs actionnaires), Morningstar a mené une enquête spécifique en examinant le comportement des 12 principaux fournisseurs de fonds indiciels et ETF dans le monde.

La plupart de ces entreprises offrent également des fonds actifs, dont le poids, dans certains cas, peut être beaucoup plus important que celui de la partie passive. Les émetteurs interrogés (énumérés dans le tableau ci-dessous (avec le détail des encours passifs et actifs) gèrent collectivement plus de 20.000 milliards de dollars.

Des investissements de plus en plus passifs et toujours plus durables

L'intérêt pour le comportement et la philosophie des investisseurs passifs s’explique avant tout par la croissance exponentielle de la gestion indexée ces dernières années. Les actifs mondiaux gérés par des produits passifs sont passés de 1,8 billions de dollars (1 billion = mille milliards) à 8,1 billions au cours des dix dernières années, atteignant 25% du total des actifs globaux (au 30 septembre 2017).

Cette tendance a été particulièrement marquée aux Etats-Unis, où les flux vers les fonds passifs ont régulièrement dépassé ceux vers les fonds actifs, et où 36% des actifs sont géré de manière passive (voir graphique ci-dessous).

Au Japon, les achats d’ETF de la part de la banque centrale dans le cadre du programme d'assouplissement quantitatif ont eu un impact important sur le marché.

Parallèlement à l'explosion des flux vers la gestion indexée, les investissements durables ont également gagné en popularité. Les questions environnementales, sociales et de gouvernance sont devenues l'un des domaines les plus importants, même parmi les investisseurs passifs.

Il y a en effet une conviction croissante selon laquelle l'intégration des critères ESG et les pratiques d’actionnariat actif peuvent avoir un impact positif sur la performance des investissements.

L'une des preuves les plus évidentes de cette tendance est par exemple l’adoption de codes qui alignent les intérêts des sociétés de gestion avec ceux de leurs clients (« stewardship ») dans plusieurs pays, notamment au Royaume-Uni, en Suisse et plus récemment, au Japon.

Par ailleurs, le nombre de sociétés signataires des Principes pour l'investissement responsable (Principles for Responsible Investment en anglais) des Nations Unies ne cesse d'augmenter.

À l'exception de Schwab, toutes les sociétés de gestion qui ont participé à l'enquête Morningstar ont signé le document de l'ONU.

La signature de ces principes permet aux sociétés de démontrer publiquement leur engagement en faveur de l'investissement responsable. En outre, les signataires s'engagent à être des actionnaires actifs et à intégrer les critères ESG dans leurs politiques d'investissement.

Des investisseurs passifs avec une approche proactive

Les sociétés proposant des produits indexés montrent de plus en plus une attitude proactive dans la surveillance des entreprises dans lesquelles elles investissent : en établissant des politiques indépendantes qui reflètent leurs valeurs, leur évaluation sur la façon dont elles devraient être gérées, ou en exerçant leur droit de vote lors des assemblées générales annuelles.

Souvent, cela signifie voter contre les résolutions promues par les entreprises si elles sont considérées comme non conformes aux intérêts des actionnaires ou ne respectant les critères de durabilité (voir tableau ci-dessous).

Pour amplifier leur impact, les investisseurs passifs interagissent avec un sous-ensemble des sociétés qui figurent dans leurs portefeuilles, en donnant la priorité aux entreprises qui emploient des pratiques ESG très différentes de leurs concurrents.

Etant actionnaires de long terme, les investisseurs passifs se trouvent souvent dans une position unique pour établir des relations solides avec les entreprises et influencer leur comportement.

Contrairement aux fonds actifs, qui peuvent simplement vendre une action lorsqu'ils ne sont pas d'accord avec la gestion d'une société, les fonds indiciels ne peuvent pas le faire.

D’un autre côté, un nombre croissant d'investisseurs institutionnels comme particuliers s’intéressent aux questions de développement durable et à la prise en compte de critères ESG. Ils s'attendent naturellement à ce que les gestionnaires d'actifs traitent ces questions directement avec les sociétés dans lesquelles ils investissent.

Presque toutes les sociétés de gestion interrogées par Morningstar ont signalé une augmentation des demandes des clients en matière de « stewardship ». Les entreprises elles-mêmes sont de plus en plus attentives aux demandes de leurs principaux investisseurs, que ces derniers soient actifs ou passifs.

Pour télécharger le rapport complet, cliquez ici.

Cliquez ici pour visiter le site dédié à la Note de durabilité Morningstar.

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A propos de l'auteur Valerio Baselli

Valerio Baselli  est éditorialiste de Morningstar en France et Italie.