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Arnaud Cosserat (Comgest) : « Faire payer la recherche par les sociétés de gestion est difficilement réfutable »

Comgest a connu une croissance rapide de ses encours, malgré un positionnement mono-produit. Son directeur général, Arnaud Cosserat, revient sur les évolutions récentes de l’industrie et le positionnement adopté par la société de gestion.

Jocelyn Jovène 30.10.2017


Cet entretien s'est déroulé le 16 octobre à Paris. Il a été relu et amendé.

L’industrie de la gestion d’actifs évolue de manière rapide ces dernières années : percée de la gestion passive, baisse des frais, consolidation entre acteurs, pression réglementaire pour mieux prendre en compte les intérêts des investisseurs. Comment appréhendez-vous ces changements ?

« Si l’on veut survivre, il faut délivrer de la performance. Avec la montée de la gestion passive, beaucoup d’acteurs se trouvent aujourd’hui au milieu du gué et ont du mal à survivre ou à justifier le niveau des frais de gestion pratiqués, surtout si leur gestion n’est pas vraiment active. Ce n’est pas notre cas

En matière de lancement de fonds, notre approche consiste à être certain d’avoir les bonnes compétences en interne, cela suppose de ne pas nous presser. Nous avons vu beaucoup de développements, de nouveautés qui font rarement long feu. Une réputation se défait rapidement dans l’industrie de la gestion d’actifs, aussi nous évitons de lancer des produits parce que c’est la mode. Nous préférons chercher des idées qui transcendent les époques. »

Les titres de croissance et de qualité ont très bien performé, mais leur valorisation s’est également fortement appréciée. Quel est votre sentiment sur le niveau de valorisation des marchés ?

« Malgré la hausse des marchés, actuellement nous ne voyons pas de bulle sur les titres que nous détenons en portefeuille.

Depuis 2009, les bénéfices mondiaux n’ont pas beaucoup progressé. Aussi, les entreprises qui ont été capables d’offrir une croissance régulière de leurs profits ont été celles qui ont le plus tiré la performance des marchés et celle de nos portefeuilles.

Ces entreprises s’inscrivent dans notre philosophie d’investissement de viser une croissance des bénéfices à long terme. De telles entreprises sont rares. Nous estimons que moins de 15% des sociétés cotées correspondent au profil que nous recherchons.

Ces titres ont tendance à moins bien se comporter dans les phases d’accélération de l’environnement économique. Malgré des changements de style sur les marchés ou des phases de rotation sectorielle, comme en 2016, nos fonds ont continué de bien performer. »

Comment appréhendez-vous les changements imposés par la réglementation et notamment l’impact de MiFID2 ?

« Nous épousons totalement la cause et le sens de la réglementation MiFID. Si la forme peut dans une certaine mesure être parfois critiquable, car elle se traduit par une certaine lourdeur pour les sociétés de gestion, l’idée de mieux aligner les intérêts des gérants sur ceux de leurs clients est une bonne nouvelle.

Les investisseurs auront accès à davantage d’information sur la manière dont les commissions qu’ils paient sont réparties.

Ceci devrait nous avantager car nos frais sont relativement faibles : nos portefeuilles tournent peu, ce qui signifie que nos frais d’exécution sont relativement faibles. De même, nos coûts de recherche externe sont limités.

Cette plus grande transparence sur les frais de gestion devrait nous aider à nous différencier davantage. »

L’une des questions à laquelle doivent répondre les sociétés de gestion est de savoir qui va payer les frais de recherche. Quelle est votre position ?

« Concernant la facturation des frais ou leur ‘internalisation’, nous sommes toujours en phase de réflexion sur le sujet. Mais de manière générale, je pense qu’in fine, la recherche sera à la charge des sociétés de gestion. J’ai du mal à voir quels arguments peuvent réfuter cette idée.

Un certain nombre de fonds doivent parfois fermer pour pouvoir maintenir la performance. Dans l’univers des marchés émergents, nous surveillons de prêt la capacité restante. Sur l’Europe, nous n’avons pas encore atteint nos capacités mais comptons également sur des stratégies légèrement différentes et plus ciblées, comme les fonds dédiés aux valeurs moyennes. »

De par la répartition des encours, votre société est déjà largement globale. Où voyez-vous des relais de croissance sur le long terme ?

« Notre stratégie consiste toujours à internationaliser nos encours, qui sont déjà très globaux. Mais nous le faisons de manière à trouver les clients qui comprennent et partagent bien notre stratégie d’investissement responsable à long terme. Nous ne cherchons pas à vendre tous azimuts. Nous observons en outre que la prise en compte des critères ESG n’était pas en demande il y a une dizaine d’années. Elle le devient en particulier en Amérique du Nord. »

 

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A propos de l'auteur Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est le rédacteur en chef de Morningstar France.