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Les ETF actifs ont encore un long chemin à parcourir

Les ETF gérés activement semblent être l’étape suivant le « strategic beta ». Ces fonds existent depuis 2008, mais n'ont pas encore percé. Cela dépend de la transparence et de la demande.

Valerio Baselli 27.03.2017

Après les ETF « plain vanilla », qui reproduisaient les indices boursiers les plus connus et utilisés par les investisseurs, puis la percée plus récente des ETF « strategic beta », destinés à optimiser le couple risque-rendement au sein de certaines classes d’actifs, émergent depuis peu des ETF gérés activement.

De création récente, ces instruments sont pilotés par un gérant ou une équipe de gestion qui cherche à surperformer un indice de référence. Ces fonds emploient souvent des méthodes mathématiques ou statistiques pour sélectionner les titres à mettre dans le portefeuille dans le but de battre le benchmark. La surperformance n’est toutefois pas une garantie.

Une histoire tourmentée

C’est feu la banque d’affaires Bear Stearns (rachetée au début de la crise des subprimes par JPMorgan) qui a lancé le premier ETF géré activement en mars 2008 aux Etats-Unis. Le décollage a été plus que laborieux. Fin de 2016, les investisseurs américains ont investi plus de 2500 milliards de dollars dans des ETF classiques, mais seulement 28,9 milliards de dollars dans des ETF activement gérés.

Plus de 225 ETF activement gérées ont été lancées depuis 2008 aux Etats-Unis, mais près d'un quart ont ensuite été fermés. Le rythme des nouveaux lancements s'est accéléré : au cours des trois dernières années, plus de 130 ETF actifs ont été lancées. Cela représente plus de 15% du nombre total des trackers lancés au cours de cette période outre-Atlantique.

De ce côté-ci de l’Atlantique les premiers trackers gérés activement ont été lancés en 2011, suite au partenariat entre PIMCO et Source conclu en décembre 2010. Mais ici aussi le marché des ETF actifs a connu un développement très lent avec quelques échecs commerciaux retentissants.

En 2015, Swiss & Global AM a fermé sa gamme d’ETF activement gérés (les fonds Julius Baer smart equity) après avoir eu du mal pendant deux ans et demi à collecter des actifs. Deutsche Asset & Wealth Management a également retiré du marché son seul ETF actif, le db x-trackers SCM Multi-Asset ETF, offert en partenariat avec la société londonienne SCM Private.


Données au 28 février 2017
Source : Morningstar Direct

L’offre européenne

D’après les données Morningstar, il y a actuellement 14 ETF gérés activement disponibles en Europe, qui gèrent un peu plus de 6,2 milliards d’euros sur un total de 583 milliards d’euros gérés par l’industrie européenne des trackers. Parmi eux, cinq fonds actions, deux fonds monétaires, un fonds allocation et six produits obligataires.

Sur ces 14 fonds, il en y a deux cotés sur la Bourse de Paris : le Lyxor Smart Cash - UCITS ETF C-EUR et le Commerzbank CCBI RQFII Money Market UCITS ETF.

Les deux trackers qui se distinguent au niveau des actifs sont issus du partenariat entre PIMCO et Source évoqué précédemment. Ce sont également les deux seuls ETF actifs actuellement couverts par la recherche Morningstar.

Le fonds PIMCO Euro Short Maturity Source UCITS ETF EUR Income investit principalement dans des obligations « investment grade » à court terme en euros. La duration moyenne du portefeuille varie selon les prévisions macro-économiques de PIMCO, mais ne dépasse généralement pas un an. Il vise un rendement supérieur à l'Eonia. Le gérant de portefeuille est Andrew Bosomworth, qui a plus de 15 ans d'expérience. Les frais courants s’élèvent à hauteur de 0,35% (contre 0,15% pour les ETF classiques de la même catégorie) et la société assure la transparence complète sur la composition du portefeuille tous les jours sur le site de Source. Les dividendes sont distribués sur une base mensuelle.

Le PIMCO US Dollar Short Maturity Source UCITS ETF, géré par Jerome Schneide, vise à battre le taux du marché monétaire américain à trois mois. Le portefeuille est constitué de titres à court terme de type « investment grade » émis en dollars. Ici aussi, PIMCO et Source offrent un maximum de transparence sur la composition du panier sur une base quotidienne. Les frais courants sont de 0,35%, comparativement à 0,10-0,20% des ETF purs spécialisés sur le marché monétaire en dollar. Les investisseurs européens devraient prendre en compte le risque de taux de change.

 
Données au 28 février 2017
Source : Morningstar Direct

Tout se joue sur la transparence

« Les ETF actifs présentent plusieurs avantages : ils sont conçus pour offrir le meilleur des deux mondes, actif et passif, en fournissant un accès transparent, peu coûteux et liquide aux gérants actifs », affirme Hortense Bioy, responsable européenne de la recherche sur la gestion passive chez Morningstar.

« Néanmoins le secteur fait face à un certain nombre de défis, dont le plus important est la transparence », continue-t-elle. « De nombreux gestionnaires actifs - en particulier dans le domaine des actions - sont réticents à divulguer quotidiennement leurs portefeuilles, ce qui est pourtant nécessaire pour assurer le fonctionnement efficace d'un ETF. Ils s'inquiètent que révéler leur ‘sauce secrète’ les rendrait vulnérables et exposés à possibles copies de leur stratégie. »

Aux Etats-Unis, en novembre 2014, la SEC (Securities and Exchange Commission) avait cependant autorisé la société de gestion Eaton Vance à lancer un nouveau type des fonds actions cotés (NextShares) gérés activement et « non transparents » : l’exemption à une transparence quotidienne a été possible grâce à un processus « NAV-based trading » permettant de limiter le coût d’exécution, mais sans que l’investisseur ne connaisse le prix de la part du fonds. Les investisseurs payent une prime ou reçoivent une décote à la valeur liquidative du fonds, qui est calculée à la fin du jour de négociation (comme c'est le cas pour les OPC traditionnels).

Comment ça marche ? Chaque jour, le fonds fournit une liste des titres pour lesquels les teneurs de marché pourront créer de nouvelles actions. Cette liste ne contient pas tous les titres du portefeuille du fonds ni leur pondération précise dans le portefeuille. En tant que tels, les gérants peuvent exclure les titres qu'ils envisagent de négocier afin de ne pas diffuser leurs mouvements sur le marché.

Pour le moment, cette pratique, qui n’a pas vraiment connu un grand succès aux US, n'est pas encore arrivée en Europe. Cependant, connaissant les difficultés que vivent les sociétés de gestion actives au détriment des ETF et sachant que l'industrie européenne de la gestion passive suit généralement l'évolution du marché américain avec quelques années de retard, nous ne pouvons pas exclure que tels produits puissent débarquer dans le Vieux continent dans l’avenir.

Un autre point concerne la demande. « Alors que les investisseurs peuvent aimer l'idée d'acheter des fonds actifs en Bourse (comme un nouveau canal de distribution, plus direct et moins cher), ils n'ont pas forcément besoin de la tarification en temps réel et du trading « intraday » offerts par les ETF – estime Hortense Bioy – Ils ont tendance à acheter des fonds actifs à moyen et à long terme. Aux Pays-Bas et en Italie les investisseurs ont déjà la possibilité d'acheter un certain nombre de fonds actifs en Bourse une fois par jour à la valeur liquidative et Euronext-Paris travaille actuellement sur un projet similaire. Cette option pourrait intéresser davantage les gestionnaires actifs et les investisseurs ».

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A propos de l'auteur Valerio Baselli

Valerio Baselli  est éditorialiste de Morningstar en France et Italie.