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Quelle est la différence entre “maturité” et “duration” ?

On entend souvent parler de « maturité moyenne » et de « duration moyenne » pour des fonds obligataires. Les deux concepts semblent assez proches, mais quelle est la véritable différence entre les deux ?

Adam Zoll 23.01.2017

"Maturité" et "duration" peuvent sembler assez proches, d'ailleurs les deux s'expriment en années. Pourtant, ces deux mesures renvoient à des concepts très différents.

Le concept de maturité est assez simple. La maturité mesure le temps nécessaire jusqu'à ce que le montant principal de l'obligation soit remboursé. Une obligation à dix ans rapportera un intérêt pendant dix ans à partir de son achat à l'émission. A la fin de cette période, le principal de l’obligation est remboursé au porteur et le paiement des intérêts cessent.

La duration d'une obligation, d'un autre côté, est un concept plus abstrait et souvent utilisé pour mesurer la sensibilité aux taux d'intérêt. Les investisseurs en obligations sont souvent attentifs aux variations des taux d'intérêt car tout mouvement à la hausse ou à la baisse à un effet inverse sur leurs obligations.

Une hausse des taux d'intérêt rend en effet une obligation déjà émise moins attrayante (avec son rendement qui passe en dessous du taux du marché), alors que la baisse des taux fait monter sa valorisation.

Différents types de duration

Parmi les modèles de calcul de la duration, on distingue trois méthodes principales : celle de Macaulay, la duration modifiée et la duration effective. La duration de Macaulay, dénommée ainsi après les recherches de Frederick Macaulay en 1938, est une duration pondérée par le temps qui reste à courir jusqu'aux prochains paiements d'intérêts (les coupons) jusqu'au remboursement du principal.

La duration modifiée renvoie à un calcul un peu plus compliqué qui prend en compte les effets des variations des taux d'intérêt. La duration effective est un autre concept, encore un peu plus compliqué, utilisé pour mesurer la sensibilité aux taux pour des obligations qui peuvent être remboursées avant l’échéance (« callable bonds »)

Morningstar utilise ce dernier concept de duration, qui est fourni par les sociétés de gestion. La duration moyenne effective est une mesure de la duration effective des obligations détenues en portefeuille et pondérée par le poids des actifs : elle est particulièrement utile pour avoir une idée de l'influence des mouvements de taux d'intérêt sur le portefeuille.

Les obligations de maturités plus longues sont plus sensibles aux variations des taux que celles de maturités plus courtes. Dès lors, les investisseurs qui anticipent une baisse des taux peuvent s'intéresser aux obligations ou aux fonds obligataires avec des maturités et des durations plutôt longues afin d'augmenter leur exposition à cette baisse des taux, alors que les investisseurs qui anticipent une hausse des taux préféreront des durations et des maturités plus courtes, afin de réduire leur exposition à la hausse des taux.

Les obligations et les fonds de maturités longues affichent aussi d'habitude des rendements plus élevés que ceux de maturités plus courtes, compensant ainsi l'investisseur pour son exposition accrue au risque de taux d'intérêt.

La duration moyenne effective détermine aussi où se situe le fonds sur l'axe de sensibilité aux taux d'intérêt de la Boîte de style obligataire Morningstar, les notations s'échelonnant entre faible, moyenne et élevée (cliquer ici pour plus de détails sur le fonctionnement de la Boîte de style obligataire Morningstar).

Mesurer les effets d'une variation des taux d'intérêt

 Les investisseurs peuvent utiliser la duration pour estimer dans quelle mesure la valorisation d'une obligation ou d'un fonds obligataire va être impactée par une variation des taux d'intérêt. Par exemple, la valeur d'une obligation avec une duration de 5 ans va augmenter de 5 % pour chaque baisse de 1 % des taux (les taux d’intérêt et les cours des obligations évoluent en sens inverse).

Si les taux montent de 1 %, la valeur de l'obligation va baisser de 5 %. Cet outil permet aisément aux investisseurs de jauger, sur une base comparable, la sensibilité aux taux d'obligations de maturités différentes et de rendements (coupons) différents. Par exemple, une obligation avec une duration de 6 ans devrait normalement être deux fois plus sensible aux variations de taux d'intérêt qu'une obligation avec une duration de 3 ans, quels que soient la date d'échéance et le montant des coupons.

Un système imparfait

 Si la duration peut être un outil utile pour déterminer la sensibilité aux taux d'intérêt d'une obligation ou d'un fonds obligataire, elle est loin d'être une mesure parfaite. Elle est particulièrement utile pour mesurer le risque des obligations qui sont fortement corrélées à l’évolution des obligations gouvernementales, comme celles du Trésor américain.  Pour d'autres obligations - comme par exemple des obligations d'entreprises – la duration peut permettre de mesurer la sensibilité relative des deux obligations aux taux d'intérêt, mais l’investisseur potentiel devra conserver à l'esprit que les deux obligations n'évolueront pas nécessairement de manière synchrone avec les obligations du Trésor. Par ailleurs, même si deux fonds obligataires ont la même duration moyenne effective, ils peuvent réagir différemment à des mouvements de taux si leurs actifs sous-jacents sont différents.

Alors que les taux d'intérêt sont à des niveaux historiquement bas, les investisseurs doivent être particulièrement attentifs aux effets de la maturité et de la duration en termes de sensibilité à l’évolution des taux. Mais ces deux outils sont loin d'être les deux seuls facteurs à prendre en considération pour investir dans un fonds. Il faut également tenir compte de la qualité des signatures, du type de fonds, sans oublier le style de gestion et les frais.

 

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A propos de l'auteur

Adam Zoll  Adam Zoll is an assistant site editor with Morningstar.com