Bien utiliser le « strategic beta »

Les ETF de type smart beta peuvent ajouter une couche de complexité pour les investisseurs.

Hortense Bioy, CFA 16.09.2016

Le succès des ETF de type « strategic beta » (béta stratégique ou « smart beta ») ne se dément pas dans le monde ni en Europe.

La multiplication des offres conduit l’approche indicielle à s’éloigner de plus en plus de la gestion purement passive, tandis que le niveau de complexité s’accroit. D’où la nécessité de bien comprendre la construction des indices sous-jacents, comprendre ce qui tire leur performance, et savoir dans quels environnements de marché ces stratégies sont les plus appropriées.

Quelques mises en garde

Tout d’abord, il faut savoir que la plupart des ETF ‘strategic beta’ lancés ces 2-3 dernières années  répliquent des indices récemment crées et qu’ils n’ont donc pas d’historiques de performance (« track record ») très longs.

Pour évaluer leurs mérites il faut se fier aux « back tests » qui, il faut bien l’avouer, paraissent toujours très attrayants, surtout sur les horizons d’investissement choisis par les promoteurs. Mais les performances réelles peuvent s’avérer différentes et décevantes. Il faut donc ménager ses attentes.

Il est également important de faire preuve de discipline. La recherche académique a démontré que la gestion factorielle peut produire de bons résultats mais il faut faire preuve de patience.

Si vous n’avez pas la patience d’attendre lorsque le fonds passe par des périodes de sous-performance --et quelques fois, ces périodes de sous-performance peuvent être très longues-- ce n’est pas la peine d’investir. Chers investisseurs impatients, abstenez-vous ! L’investissement factoriel nécessite de l'engagement et de la connaissance.

Performance passée et valorisation

Beaucoup d’investisseurs se posent aujourd’hui la question de savoir si les stratégies « min vol » ne sont pas surévaluées et si elles vont continuer à l’avenir à produire des résultats aussi bons qu’elles en ont produit ces 2-3 dernières années.

Il s’agit d’un sujet assez controversé, et les avis sont très partagés sur ce qu’on appelle en anglais le phénomène de « crowding », ou « saturation », qui décrit une situation dans laquelle tout le monde se met à investir dans une stratégie parce qu’elle marche bien, au point où la stratégie perd son efficacité. « L’alpha » en quelque sorte disparait.

Les niveaux de valorisation poussés par l’afflux de capitaux sont tels que le potentiel de rendement des nouveaux investisseurs diminue.

Selon les méthodes de valorisation que l’on utilise, on peut effectivement constater que les actions low-vol en moyenne cotent aujourd’hui avec une prime par rapport à la fois au reste du marché et à leurs niveaux historiques.

Par ailleurs, comme tout facteur, le facteur low vol est cyclique donc il va bien y avoir un moment où ce facteur sous-performera.

Low vol

Quand ? Personne ne peut le savoir. Mais cela arrivera un jour, et ce même si sur le long terme, la recherche académique a montré que le facteur de volatilité faible est un facteur gagnant parce qu’il surperforme sur une base ajustée du risque.

Ceci étant dit, il ne faut pas oublier que chacun a sa propre définition du low vol et chaque fonds low vol ou min vol est construit différemment.

D’ailleurs, les fonds minimum volatility et minimum variance ne contiennent pas uniquement des titres à faible volatilité. Ils contiennent aussi des titres à forte volatilité parce que ces fonds prennent en compte aussi la corrélation entre les titres. Donc la question de savoir « est-on arrivé à des niveaux de valorisation trop élevé sur le low vol ? » est une question à laquelle il est difficile de répondre.

 

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A propos de l'auteur

Hortense Bioy, CFA

Hortense Bioy, CFA  is director of passive fund research in Europe.