L’économie mondiale est toujours fragile – RF Research

La Fed commettra une erreur si elle relève ses taux, le risque de récession aux Etats-Unis ayant récemment augmenté, estime Véronique Riches-Flores.

Jocelyn Jovène 10.12.2015
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Le cash et l’or sont actuellement les meilleures options pour une allocation d’actifs, a estimé Véronique Riches-Flores, présidente de RF Research, au cours d’une réunion avec des investisseurs ce jeudi à Paris.

Cette vue pour le moins pessimiste repose sur l’essoufflement de l’industrie mondiale qui pénalise le commerce mondial et fait pression sur les cours des matières premières, avec des menaces déflationnistes réelles dans de nombreux pays. Un tel scénario, s’il se confirme, serait particulièrement néfaste pour les actions mondiales, qui pourrait entrer dans un mouvement de correction durable, mais également défavorable aux taux.

Source : Morningstar.

A ce problème s’ajoute celui de l’augmentation de l’endettement dans de nombreux pays, notamment dans les pays émergents comme la Chine, où le secteur privé est endetté en dollars et où la devise est notoirement surévaluée.

Pour l’économiste, les effets pervers du « quantitative easing » des banques centrales a créé d’importantes distorsions, que ce soit sur les marchés de l’immobilier (aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni), celui des changes et des actions, devenus plus volatils.

Un peu comme en 2008, de nombreuses économies émergentes et développées sont confrontés à une augmentation de l’endettement qui constitue un frein à la capacité de ces pays de dynamiser leur économie.

Les deux premières économies mondiales sont dans une situation précaire, a expliqué l’économiste. Aux Etats-Unis, l’économie ne lui semble pas suffisamment robuste pour encaisser un début de resserrement monétaire qui pourrait se traduire, s’il est mal piloté, par une remontée des taux longs, à l’instar de ce qui s’était produit en 2013 lors du « taper tantrum ».

Les indicateurs d’activité manufacturière américaine, le taux de participation très faible des jeunes, l’appréciation du dollar, la résurgence de risques sur le marché immobilier et une inflation sous-jacente surtout tirée par l’augmentation des loyers, plaident pour une plus grande prudence de la part des autorités monétaires.

En Chine, l’excès de dette en devises étrangères du secteur privé est un vrai problème car il empêche le pays de procéder à l’ajustement nécessaire de sa devise, très largement surévaluée après 30% d’appréciation depuis 2012, a estimé Véronique Riches-Flores.

La mauvaise santé de l’économie chinoise est une mauvaise nouvelle pour ses partenaires commerciaux, en particulier dans le monde émergent, et pour les matières premières. Le cours de ces dernières, et notamment celui du pétrole, est révélateur d’un changement d’époque.

« Il y a un risque que la décennie 2000 n’ait été qu’une parenthèse de l’histoire de la classe d’actifs. Si le cours du baril de pétrole tombe sous les 30 dollars, ce sera sans doute le signal que les marchés ne croient plus du tout en une capacité des pays émergents de retrouver les rythmes de croissance d’avant crise », a estimé la responsable de RF Research.

Les marchés auront besoin d’une clarification sur ce point, mais un « scénario de stress » ne peut être totalement écarté, d’autant que la croissance du monde émergent continue de décélérer.

Au total, RF Research voit une croissance de l’économie mondiale autour de 2-3%, en fonction des hypothèses de croissance de la Chine.

Dans un tel scénario, Véronique Riches-Flores a du mal à voir comment la Fed pourrait procéder à plus de deux hausses de taux l’an prochain, avec le risque d’un dérapage sur les taux longs qui pourrait casser la dynamique de reprise de l’économie américaine, voire une récession. L’économiste voit les taux à 10 ans des bons du Trésor fluctuer entre 2,5% et 3% d’ici juin 2016 puis revenir vers 2%-2,5% fin 2016.

Alors que le consensus parie plutôt sur une poursuite de l’appréciation du dollar face à l’euro, ce dernier ne devrait guère évoluer, voire pourrait se déprécier légèrement.

Seul élément positif : la zone euro, où la croissance semble mieux résister notamment grâce à la bonne tenue de la demande intérieure. Mais l’accélération de la croissance ne sera possible qu’avec une reprise des exportations.

La bonne nouvelle est toutefois le retour du consommateur allemand grâce à l’amélioration de son pouvoir d’achat et la mise en place de mesures comme un salaire minimum ou un effet de richesse avec une remontée des prix de l’immobilier. Après 1,3% de croissance en 2015, la zone euro atteindre 1,5% l’an prochain (dont 1,6% en Allemagne et 1,3% en France).

 

 

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A propos de l'auteur

Jocelyn Jovène

Jocelyn Jovène  est analyste financier senior et rédacteur en chef de Morningstar France.