Les yeux de l'Europe rivés sur les élections italiennes

Les investisseurs internationaux sont de retour sur l’Italie, rassurés par les politiques menées par le gouvernement Monti. Ils sont préoccupés par l'incertitude sur l'issue du vote, mais ils pensent que des réformes sont inévitables.

Valerio Baselli 21.02.2013

En Italie, ces dernières semaines ont été très intenses. Il ne s’agit pas de Sanremo (le traditionnel festival de la chanson italienne tenu la semaine dernière), ni du mauvais temps qui ne quitte pas la péninsule, ni même de la démission du Pape, mais de la tension croissante dans la perspective des élections à venir les 24 et 25 Février. Peu importe ce que disent les sondages, une chose est certaine: l'Europe a les yeux rivés sur l’Italie. Les 18 derniers mois ont été chahutés pour l'Italie et pour le Vieux Continent. Les événements qui ont conduit fin 2011 le Premier ministre Silvio Berlusconi à démissionner, ce qui a entraîné la mise en place du gouvernement de transition dirigé par Mario Monti, sont connus. Beaucoup a été dit sur l'avenir de l'Union européenne et de la monnaie unique, de sorte que ces élections seront cruciales non seulement pour le peuple italien, mais aussi pour la stabilité de la construction européenne, en particulier à la lumière des engagements contraignants pour chaque pays, comme l'équilibre budgétaire et la possible union bancaire.

Mais comment les observateurs extérieurs voient-ils cette élection? Quelles répercussions attendent-ils des différents résultats possibles?

L'instabilité fait peur

"Parmi les raisons qui nous ont amenés à investir dans des obligations d'État italiennes, il y avait les politiques menées par Mario Monti lors de son mandat et la continuité que nous avons vu dans le programme du Partito democratico de Pier Luigi Bersani, le favori pour remporter ce élections”, affirme Rose Ouahba, responsable de la gestion obligataire chez Carmignac Gestion. “Aujourd'hui, cependant, le résultat du vote semble beaucoup plus incertain. Si la situation politique de l'Italie devenait moins claire, par exemple avec une Chambre et un Sénat avec deux majorités différentes, ce serait un problème pour nous et nous serions même poussés à liquider nos positions en obligations d'Etat italiennes”. Ouahba craint que l'Italie se retrouve dans une nouvelle crise comme celle de la fin 2011, qui avait conduit à la naissance du gouvernement de transition. "La grande différence aujourd'hui est que la Banque centrale européenne est prête à agir si un pays se trouve confronté à un “spread” très élevé, et ce n'est pas une petite chose. Toutefois, la demande d'aide à la BCE reste soumise à un programme précis de réformes et de choix, et notre principale préoccupation est donc la stabilité de la politique italienne. Nous nous demandons donc si l’Italie pourra parler d’une seule voix ou si les volontés politiques resteront fragmentées, ce qui pourrait conduire à l’immobilisme.”

Réformes, une route sans retour

D’après les analystes de Bank of America Merrill Lynch, à quelques jours avant le vote, le risque de se retrouver avec un parlement sans majorité claire a augmenté de façon significative. "Ce serait le pire des résultats, à notre avis, car il ne ferait que prolonger l'incertitude et l'instabilité politique qui perdurerait jusqu'à la prochaine élection, avec de graves conséquences sur les perspectives de croissance économique, le coût du financement de l'Etat et le degré de confiance des investisseurs. Une telle situation pourrait empêcher l'Italie de commencer le processus de réforme qui est aujourd’hui si nécessaire ".

"Toutefois, nous pensons qu'il est hautement improbable que les réformes mises en place l'année dernière soient effectivement annulées, comme l’ont menacé certains dirigeants politiques pendant la campagne électorale", expliquent les analystes. "Étant donné le poids de la dette publique, le cadre juridique et les contraintes européennes sur le budget, nous croyons que l'assouplissement de la politique budgétaire est tout simplement impossible à l'heure actuelle".

Regard vers l'avenir

"Les élections sont maintenant sur la première page des journaux, mais au deuxième trimestre 2013, l'aspect essentiel à considérer sera la direction des mesures prises par le gouvernement", déclare Neil Dwane, responsable européen des investissements chez Allianz Global Investors. "L'austérité de Monti est une réalité dont les bienfaits ne font que commencer à se faire sentir. Toutefois, l'annulation ou l'assouplissement de ces mesures pourrait devenir une source de préoccupation, en particulier parce que l’Italie n’a besoin que de  compressions budgétaires limitées pour atteindre le point d'équilibre à partir duquel la dette publique arrêtera d’augmenter, contrairement à la plus difficile situation de l’Espagne, de la France et du Royaume-Uni, dont le déficit budgétaire atteint désormais 10% du produit intérieur brut".

"Bien que Mario Monti ait démarré du bon pied, il n'a pas abordé les plus larges, et peut-être plus importantes encore, questions liées à l'attractivité de l'Italie pour les investisseurs institutionnels", explique Dwane. "Si ces questions de fonds ne sont pas résolues, l’Italie risque d'être reléguée à un avenir très semblable aux 20 dernières années: une croissance faible, une économie peu compétitive face aux concurrents régionaux et mondiaux, avec la charge supplémentaire d'une lourde dette publique".

Des valorisations attrayantes, mais un fort risque à court terme

"Sur un horizon de temps très long, l'Italie semble attrayante, mais à court terme, les perspectives semblent plus difficiles avec l'économie au point mort et la nécessité de réformes structurelles pour permettre un retour à la compétitivité. Nous croyons que de nombreux investisseurs continuent à confondre les perspectives des entreprises italiennes avec les problèmes de l'Italie, mais c'est une erreur, car près de 50% des bénéfices de ces sociétés proviennent en réalité du commerce international”, explique le responsable d'Allianz. "L'Italie, en soi et dans la zone euro, est intéressante et devrait continuer à bénéficier des processus d'intégration lents liés au développement progressif d’une Europe fédérale, avec un assainissement des finances publiques, une consolidation du secteur bancaire et d'autres harmonisations à atteindre au fil du temps. Cependant, sur un horizon de temps plus court, les décisions politiques prises par le gouvernement pourraient retarder la mise en œuvre et l’avancée des réformes. L’Italie pourrait ainsi se retrouver prise en otage si le sentiment de marché, actuellement « risk-on », venait à s’inverser.

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A propos de l'auteur Valerio Baselli

Valerio Baselli  è Redattore di Morningstar in Italia