Une garantie en or contre l'austérité

Le World Gold Council (WGC) a lancé la proposition d'utiliser les réserves d'or pour garantir la dette publique européenne, comme ce fut le cas par le passé. Mais cette proposition ne remporte pas l’unanimité.

Valerio Baselli 12.02.2013

Historiquement, l'or détenu par les banques centrales est utilisé seulement lors d'occasions exceptionnelles. Les Etats, en fait, ne conservent une réserve de lingots que pour se prémunir contre des événements catastrophiques qui peuvent se produire à l'avenir et sont donc peu enclins à puiser dans leurs propres réserves aurifères.

Le lingot comme garantie

Et si l'Europe subissait actuellement une situation exceptionnelle? Et si les réserves d'or des Etats européens pouvaient jouer un rôle clé dans la sortie de la crise qui secoue la zone euro? Certains semblent le penser. Les analystes du World Gold Council (WGC) ont récemment lancé une proposition relative aux quelque 10 000 tonnes d'or détenues par les différentes banques centrales de la zone euro, et qui vise à les utiliser comme garantie pour l'émission d'obligations d'État. Cette opération, selon le WGC, entraînerait la baisse des rendements obligataires, avec l'allégement du fardeau de la dette des pays en crise. Dans la pratique, une telle solution est proposée comme une alternative à l'austérité: réduire le poids de la dette permettrait d’assouplir les politiques d'austérité qui font obstacle à la reprise.

"Par rapport aux Outright Monetary Transactions, l'outil mis en place par la Banque centrale européenne pour abaisser les spreads de crédit des pays les plus fragiles, cette solution aurait également l'avantage de ne pas entraîner le risque d'inflation, car ces obligations garanties deviendraient attrayantes sur le marché secondaire sans une intervention de la BCE", lit-on dans un communiqué publié par Bullion Vault, une société britannique qui fournit des services pour l'achat et la vente de l'or. "Ça serait également plus efficace, car le risque de perdre leur or serait une incitation pour les États membres à mettre en œuvre des réformes structurelles devenues indispensables pour retrouver le chemin de la croissance".

La même idée avait déjà été proposée par le German Council of economic experts, selon lequel toutes les Etats de la zone euro avec une dette supérieure à 60% du PIB annuel devraient fournir des ressources (or, surtout) qui permettraient de financer un fonds. Ce fonds serait fournit par ces ressources, que les pays membres pourraient récupérer graduellement avec le remboursement de la dette jusqu’à sa réduction en dessous du plafond de 60% du PIB. Il y a un an, cependant, c’était la chancelière allemande, Angela Merkel, qui a rejeté une telle solution, peut-être parce qu'avec une dette de 83% du PIB, même l'Allemagne en aurait pris part.

Le précédent

L'utilisation de l'or comme garantie n'est pas une nouveauté, surtout pour l'Italie. En 1974, le gouverneur de la Banque d'Italie, Guido Carli, en consultation avec le gouvernement dirigé par Mariano Rumor (avec Emilio Colombo aux finances et Aldo Moro aux affaires étrangères) avait mis en gage une partie des réserves d'or comme garantie pour un prêt de deux milliards de dollars accordé par la Bundesbank.

Les premiers ministres Rumor et Schmidt avaient décidé que la banque centrale allemande prête la somme, à un taux d'intérêt égal à celui des bons du trésor américain (environ 8%). Le remboursement de la dette serait effectué en dollars américains et à sa garantie ont participé 500 tonnes de réserves de la Banque d'Italie (41 300 lingots dits « de bonne livraison », d'environ 12,5 kg chacun, soit un cinquième des réserves d'or de l'époque). L'or a été évalué à 80% du prix de marché des huit semaines précédant l'accord, soit 120 dollars l'once. L'or n'a pas été vendu, cédé ou déplacé physiquement: il a été simplement utilisé comme garantie pour le prêt.

« Difficilement réalisable »

À première vue, l'hypothèse est séduisante. Cependant, tout le monde ne partage pas l'enthousiasme du World Gold Council. Thorsten Polleit, économiste en chef chez Degussa Goldhandel, par exemple, a appris la proposition avec un certain scepticisme. "En général, nous pouvons dire que si la dette publique présentait une garantie réelle, comme l'or, on pourrait s'attendre à une baisse des taux d'intérêt. Cependant, je doute fortement que l'utilisation des réserves d'or des banques centrales représente une stratégie réaliste pour résoudre les problèmes de dette souveraine en Europe", a déclaré l'économiste.

"Je suis sceptique, pour deux raisons principales", explique Polleit. "Tout d'abord, les réserves d'or totales des Etats de la zone euro s'élèvent à 346.7 onces, pour une valeur de marché actuelle de 420 milliards d'euros, en pratique, seulement 5% de la dette publique totale. Un pays comme le Portugal ne pourrait couvrir que 9% de sa dette en utilisant ces réserves comme garantie et l’Italie que 5,5% ; même l'Allemagne, le deuxième détenteur d'or dans le monde, ne pourrait couvrir que 7% de sa dette publique ".

Mais il ne s'arrête pas là. "Les réserves officielles d’or sont comptabilisées dans le bilan de l'Eurosystème. Cela signifie qu’elles contribuent à équilibrer les passifs de la zone euro, tout comme la dette ou la base monétaire. Dès lors, si l'or venait à être utilisé comme garantie pour les emprunts d'Etat, il y aurait un trou dans le budget. Tout cela sans même tenir compte de ce qui arriverait si un Etat faisait défaut sur ses dettes garanties par l'or: dans cette situation les réserves d'or devraient être transférés aux créanciers, soit une perte au bilan des Etats, perte qui à son tour serait inévitablement déchargée sur le dos des contribuables, créant ainsi une situation plus grave qu'à l'heure actuelle".

"Je ne pense pas que c'est vraiment possible de réduire les taux d'intérêt des emprunts d'Etat des pays européens périphériques sans mesures d'austérité fortes", explique Polleit. "La raison pour laquelle ces dernières années les « spreads » de la Grèce, de l'Espagne, de l'Italie et du Portugal ont diminués, c'est l'intervention de la BCE sur le marché pour garantir la dette souveraine, mais il n'en demeure pas moins que la plupart des investisseurs s'attendent à ce que les mesures d'austérité se poursuivent".

 

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A propos de l'auteur Valerio Baselli

Valerio Baselli  è Redattore di Morningstar in Italia