Mal aimés, mais performants

La stratégie qui consiste à se concentrer sur les classes d'actifs moins aimées par le marché a donné de bons résultats à long terme aux États-Unis.

Valerio Baselli 05.02.2013

A Wall Street, ils l'appellent cela Buy the unloved, littéralement "acheter les mal-aimés". Il s'agit d'une approche d'investissement qui préfère acheter ce que la plupart des investisseurs vendent et vendre ce que la plupart des gens achètent.

Le principe derrière cette philosophie est simple: les flux de capitaux chassent les rendements, donc une combinaison de flux élevés et une solide performance passée est un bon indicateur de la valorisation excessive d'un titre ou d’un fonds. La bulle technologique en 1999 et celle qui y a succédé en 2007 sont deux bons exemples des raisons pour lesquelles on ne devrait pas acheter les catégories de fonds qui sont les plus populaires à un moment donné. D'autre part, cela aurait été un bon choix d’acheter les catégories de fonds qui sous-performaient en 2000 et étaient presque ignorées par la majorité des investisseurs.

L’approche « contrariante » marche

Morningstar, entre autres, a observé les résultats de cette stratégie depuis le début des années 90. Aux États-Unis, en fait, les analystes effectuent des simulations depuis 1993 et les résultats sont intéressants. Concrètement, au début de chaque année, les analystes Morningstar regardent les catégories actions qui ont enregistré les plus fortes sorties de capitaux et celles qui ont rapporté le plus pendant l'année précédente, afin de mesurer les domaines du marché plus ou moins populaires auprès les investisseurs.

L'idée est d'utiliser les flux de souscription des fonds comme un indicateur contrarian, qui pousse à investir dans les catégories qui ont vu les investisseurs sortir en masse, et laisser de côté celles qui ont attiré les plus grandes entrées. Cette stratégie peut fonctionner pour une petite partie du portefeuille ou pour donner aux investisseurs une idée des classes d’actifs à surpondérer ou à réduire.

Les analystes Morningstar identifient chaque année les trois catégories actions moins aimées et les plus populaires auprès des investisseurs, pour ensuite bâtir deux portefeuilles distincts avec ces deux groupes (le portefeuille loved, aimé, et le portefeuille unloved, mal aimé). La stratégie vise à maintenir les fonds choisis pendant trois ans, en ajoutant encore chaque année les catégories les plus ou les moins populaires de l'année précédente. De 1993 à 2012, la stratégie « mal aimée » a gagné 8,4% en rythme annualisé, contre 5,1% pour la stratégie « aimée ». Le portefeuille unloved, d'ailleurs, a également battu les 6,9% annualisés du MSCI World. Les données en main, au moins sur l'univers américain, Morningstar a constaté que cette approche Buy the unloved marche bien sur le long terme.

Les moins aimés par les Français

En France, nous n’avons pas un historique aussi étendu dans le temps, de sorte que les données ne sont pas suffisamment significatives pour reproduire l'analyse sur l'univers des fonds disponibles dans l’Hexagone. D'autant plus que cette stratégie a besoin d'un horizon de long terme pour en évaluer les résultats, car elle impose la rotation des fonds sur trois ans et l'ajout de nouveaux fonds chaque année (à moins que les catégories les moins populaires soient les mêmes que l'année précédente).

Et pour ceux qui voudraient commencer aujourd'hui, à l'aube de l'année 2013, à consacrer une petite partie de leur portefeuille aux catégories mal-aimées? Voilà, selon Morningstar, les catégories actions les moins et les plus cherchées de l'année écoulée:


Données collectées au niveau européen sur l'univers des fonds disponibles à la vente en France
Source: Morningstar Direct

La deuxième étape serait alors de choisir le ou les meilleurs fonds au sein de chaque catégorie. Pour ce faire, le Morningstar Rating (évaluation quantitative avec les étoiles) et en particulier le Morningstar Analyst Rating (jugement qualitatif), sont des outils précieux.

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A propos de l'auteur Valerio Baselli

Valerio Baselli  è Redattore di Morningstar in Italia